Carnet de route Angleterre

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Lily est partie pour le Gisti à Londres, acceuillie par le Mrn pour rendre compte de la situation des personnes migrantes une fois arrivées en Angleterre.

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Discussion avec Claire au retour de mission.

Claire : Comment s’est passée ton arrivée en Angleterre ?
En arrivant en Angleterre, j’ai contacté des migrants que j’avais rencontrés dans le Pas-de-Calais, des Érythréens essentiellement. Certains d’entre eux venaient juste de franchir la Manche, et d’autres étaient en Angleterre depuis plus longtemps.
Ma mission a en fait consisté en une immersion au sein de la communauté érythréenne en Angleterre. L’objectif principal était d’observer les conditions dans lesquelles vivent ces personnes une fois qu’elles sont passées de l’autre côté, et de recueillir leurs témoignages.

Comment se sont déroulés les entretiens ?
Ça dépend. Certains comprenaient quel était l’objectif de la mission et me parlaient ouvertement. Les personnes que je connaissais moins, ou que j’avais rencontrées il y a longtemps, étaient plus méfiantes. Parfois il s’agissait simplement de discussions, comme on peut en avoir entre amis, et d’autres fois les entretiens étaient plus formels. À ces entretiens s’ajoute le travail d’observation de la vie quotidienne de cette communauté. Un des autres objectifs de ta mission était de recueillir des informations sur le système d’accueil des demandeurs d’asile en Angleterre.

Qu’est-ce que tu as constaté ?
Ce volet de ma mission a été plus difficile à réaliser car je n’ai pas un profil juridique et que les informations que j’ai recueillies provenaient des migrants qui ne comprennent pas toujours les lois qui leur sont appliquées. Je n’ai pas rencontré d’officiels par exemple. J’étais plus intéressée par le ressenti des migrants eux-mêmes. Pour résumer, il existe en Angleterre un système de prise en charge automatique des demandeurs d’asile. Une fois que la demande est estimée fondée, le demandeur d’asile est automatiquement pris en charge le temps de la procédure. Je n’ai vu aucun demandeur d’asile à la rue, contrairement à ce que j’ai pu observer en France.
Le taux d’octroi du statut de réfugié dépend de la nationalité. Il est assez élevé pour les Érythréens. Ceux qui obtiennent le statut de réfugié changent de système de prise en charge mais n’ont jamais à se débrouiller seuls. Néanmoins il leur est plus difficile de trouver du travail ces derniers mois, et le coût de la vie est très élevé.

Quel est le ressenti des migrants face à cette situation ?
Ceux qui viennent de franchir la Manche sont déçus. Ils sont sur la route depuis tellement longtemps et ont vécu des situations tellement difficiles qu’ils se sont créé un pays idéal. Souvent ils rechignent à l’admettre car ils ont peur de paraître naïfs. Pour autant ils n’abandonnent pas leur rêve et évoquent déjà une suite au voyage, aux États-Unis ou au Canada. Tout compte fait, ils s’adaptent peu à peu au mode de vie et disent ne pas regretter leur choix. Mais ils ne tarissent pas d’éloges sur les Français. Lors de leur passage, ils ont
apprécié le partage et la solidarité qui régnaient dans les « jungles », avec les membres de leur communauté et avec les bénévoles des associations locales.
En Angleterre, ils se sentent isolés et n’ont de contacts qu’avec les institutions.
Complètement l’inverse de la France.

Quelle est ton impression générale de la mission ?
Je me sens un peu frustrée, j’ai comme un goût d’inachevé. Je crois que je m’étais fixé trop d’objectifs. J’ai commencé par réaliser des entretiens de parcours de vie des migrants, mais finalement, je me suis rendu compte que c’est quelque chose que je pouvais faire en France. Je me suis alors tournée vers leur situation administrative au Royaume-Uni pour les aider à comprendre le dédale législatif anglais croisé avec celui européen.
Et puis j’ai aussi rencontré des difficultés à m’intégrer au tissu associatif britannique. La très forte emprise de l’État dans l’accueil des demandeurs d’asile, ajoutée à la forte institutionnalisation des associations, laissent peu de place au travail de terrain directement auprès des bénéficiaires, les migrants demandeurs d’asile.

Qu’est-ce que tu envisages pour la suite ?
Je vais synthétiser les informations que j’ai recueillies pour le Gisti. J’ai également envie de me recentrer sur mon association Terre d’Errance, car il s’est passé beaucoup de choses pendant mon absence.
J’ai aussi le projet d’aller en Italie pour voir pourquoi les réfugiés politiques s’enfuient à nouveau, s’échappent de ce pays européen ! En effet, les Érythréens sont un bon exemple des dysfonctionnements du règlement
européen de Dublin. Dans la jungle j’ai vu des gens passer deux ou trois fois : ils avaient été renvoyés en Italie et s’en échappaient à chaque fois ! Mais depuis six mois l’Angleterre a cessé de renvoyer les demandeurs d’asile en Italie ; ces victimes errantes y voient là un espoir de stabilisation. Si la France
ne renvoyait pas quasi automatiquement ces chercheurs de refuge, on serait surpris des proportions dans lesquelles il deviendrait possible de vider les fossés, forêts et squats du littoral Nord.

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