Calais : « L’ordinaire de la brutalité policière » contre les migrants filmé

Le Monde.fr | 12.05.2015 à 12h43| Par Maryline Baumard

Officiellement, ces scènes n’existent pas : les violences policières exercées à Calais sur des migrants sont aussi largement dénoncées par les associations humanitaires que contestées par le ministère de l’intérieur. Pour prouver qu’elles existent, un collectif de citoyens calaisiens a filmé les pratiques policières. Et, cette fois, les images seront envoyées au Défenseur des droits, Jacques Toubon.

Avec cet enregistrement tourné le 5 mai sur la rocade qui conduit tout droit au tunnel sous la Manche, donc au rêve britannique, ce collectif de citoyens qui vient en aide aux victimes de violences et les répertorient veut « montrer l’ordinaire de la brutalité policière à l’encontre des candidats (sic) au passage entre Calais et l’Angleterre, qui tentent de se dissimuler dans les camions ».

Contactés lundi soir, par La Voix du Nord, les syndicats de police jugent ces images insuffisantes. « Une nouvelle fois, on n’y voit que des bribes de vidéos, estime Ludovic Hochart, d’UNSA-police. En général, quand on les voit au complet, la légitimité des interventions est démontrée. » Pour Gilles Debove, d’Unité-SGP-Police-FO, ces images prouvent que « les migrants n’ont plus peur des policiers : avant, il suffisait de mettre pied à terre pour qu’ils partent. Désormais, quand on les surprend dans les camions, ils ne veulent plus bouger ».
Maltraitances, passages à tabac, fractures

En janvier, Human Rights Watch (HWR), une des principales associations internationales de défense des droits de l’homme, avait publié une enquête au long cours sur ces violences. Pour toute réponse, le ministère de l’intérieur avait regretté dans un communiqué que HRW « n’ait pas pris la peine de vérifier les allégations dont elle fai[sai]t état ». L’entourage du ministre rappelait alors qu’« il existe trois voies de contrôle et que des enquêtes sont ouvertes à chaque fois que des faits remontent. L’inspection générale de la police nationale peut être directement saisie sur son site, y compris par les associations. Le procureur de la République peut aussi être prévenu, comme le Défenseur des droits. »

Le Défenseur des droits est à nouveau saisi du sujet et les vidéos du 5 mai viendront compléter son dossier.

Pour Izza Leghtas, chercheuse pour HRW et habituée aux terrains difficiles, l’enquête a été humainement éprouvante. « En novembre et décembre 2014, j’ai réalisé des entretiens longs avec quarante-quatre migrants dont trois mineurs, explique-t-elle. Dix-neuf m’ont déclaré avoir été maltraités au moins une fois par la police. Une maltraitance pouvant notamment signifier un passage à tabac. Huit avaient eu un membre cassé et vingt et un, dont deux enfants, avaient été aspergés de gaz. » Son travail n’a rien de statistique. Mais il confirme ce que chaque visiteur entend dès qu’il se rend sur un campement du Calaisis où vivent 2 200 personnes.

En 2012, déjà, les violences dénoncées par les associations étaient contestées par la hiérarchie policière. Pourtant, le Défenseur des droits avait donné raison aux plaignants dans un rapport du 13 novembre 2012. « Au regard de la multiplicité des témoignages recueillis et malgré les dénégations des fonctionnaires, le Défenseur des droits estime que ces faits sont avérés », écrivait alors Dominique Baudis. La situation est-elle différente aujourd’hui ?

http://www.lemonde.fr/immigration-et-diversite/article/2015/05/12/l-ordinaire-de-la-brutalite-policiere-contre-les-migrants-filme-a-calais_4631949_1654200.html

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s