Textes…

Abri de bric et de broc

Abri de bric et de broc/ transporté sac à dos/ guenilles gamelle dans la gadoue/
au galop les cahots de la route sous les pieds/
les cailloux dans les roues/
la gueule cassée que’qu’part/
un corps dans la bouillasse/ invisible à deux pas/ qu’on traverse sans regarder/ Abri abracadabrant/ incertain comme l’avenir/ délavé incolore/
qui dévale au plus bas/ dans l’essence migratoire/ giratoire illusoire/ de qui passe/
pourchassé /
comme sorcière aux temps obscurs/ par la superstition des crânes vides/
la mauvaise foi de l’homme avide/
quand la bêtise sert d’alibi à l’indifférence/
Abri héroïque brillant/ de brins de paille brisés/ bringuebalés déballés sur le quai/
jusqu’au prochain carrefour/ la dernière issue/ bravant les sens interdits/
en espérant que ça passe…

Cendrine Boragini

FRANÇAIS
Mesdames, Messieurs,
La France
La France ne peut pas…z’accueillir toute la misère du monde.
La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde, c’est logique, c’est mathématique.
Imaginez un peu toute cette misère, tous ces p’tits chinois, ces p’tits indiens, ces p’tits latinos et ces p’tits africains…ici…chez nous !
Mais il n’y aurait plus rien !
Pas assez de céréales, pas assez de porcs bretons, pas assez de RMI, de voitures ni de place sur la côte d’azur !
La France serait…misérable ?! Non, la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde.
Et puis, qui produirait mes fringues, mes jouets, mon micro-onde et mes portables ? Mon café, mon riz, mon pavot, mon cacao ?
Je serais…désemparée ? ! Non, la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde.

Et si la France était en partie responsable de toute la misère du monde, si Je étais en partie responsable de la misère du monde…
Et si la misère du monde s’en foutait ?
Parce que la misère du monde s’en fout. Elle saute les barrières et elle s’électrocute, elle se fait mordre et tabasser, elle se noie et elle crève de soif, enfermée en plein désert, la misère du monde.
Le peu qu’elle a à perdre, elle le risque pour passer de l’notre côté…
Passer, passer, passer, passer, passer la méditerranée, et passer l’Oural, passer les Alpes et les Pyrénées, passer les contrôles et traverser les kilomètres.
Passer et traverser, aller jusque Calais.

Et puis là, à Calais, faut encore traverser. To go to the UK. “But the UK don’t want you”. You hope to go, you try to go. “But the UK don’t want you”. Alors, waiting, trying, hoping, you stay here in Calais, in Pas de Calais.
Pas de Calais, Pas de Calais, Pas de Calais, Pas de Calais, Pas de Calais, pas de place pour toi, Calais, pas de lit pour toi, Calais, pas de chaud pour toi.
Mais obstinément, tu restes là, misère du monde, tu attends, tu espères, tu essaies.
Parfois, tu réussis, et alors, que deviens-tu, moins misérable ?
Mais souvent il te faut courir et malgré tes vingt ans entraînés, les trois pantalons qui te protègent du froid te ralentissent autant les ampoules qui chauffent dans tes chaussures trop grandes, trouées par tant de marche.
Et quand ils t’attrapent, quoi ? Ils t’attachent ? Ils t’enferment ? Te tabassent un peu ? Te relâchent au milieu de nulle part sans chaussure et sans manteau ? T’emmènent dans un centre de rétention à cinq cent kilomètres ?
Mais obstinément tu reviens là, misère du monde, tu attends, tu espères, tu essaies.
Tu fais la queue pour tenter d’avoir un plat. Chaud. Et quand tu as trop. Froid. Tu pousses l’une des portes qui veulent bien s’ouvrir pour que tu puisses dormir. Au chaud.
Oui, obstinément, tu restes là, misère, tu attends, tu espères, tu essaies. Et quand tu as trop mal, tu t’en vas faire soigner tes brûlures tes engelures et tes ampoules et tes fractures. Tu fais la queue pour tenter de monter dans la camionnette pour pouvoir prendre une douche. Chaude. Boire un thé. Chaud.

Je t’ai tendu des savons, des serviettes, des vieux slips et des chaussettes, misère du monde.
Et je suis encore étonnée de tes yeux baissés par la honte et de tes sourires francs : tu m’en voulais si peu.

Je suis pourtant la sœur de l’uniforme qui te tabasse, je suis la fille de la robe qui te condamne et j’ai voté pour la cravate qui méprise ta vie, misère du monde.
Tu aurais pu me cracher au visage.
Je suis la France et la France n’est pas très grande.

Nan

Il y a des héros, sans bouche et sans regard
de ces héros muets qui n’existent nulle part
On n’entend pas leur langue, on ne leur voit pas d’ombre
on ne voit que leur nombre au bout des statistiques

Il y a des héros dont les jambes vacillent, de fatigue et de froid
dont l’avenir se joue sur le pas de nos portes
sous nos fenêtres closes, de l’autre côté du mur

Il y a des héros qui se chauffent à nos yeux
qui redressent leur échine et tout à coup s’enragent
qui déposent à nos pieds un morceau de la route
et puis qui la reprennent, des mots plein les mains, on l’espère
pour savoir débrouiller leur sort de la mélasse, la paperasse,
et ces réponses suspendues hypothétiques et virtuelles
peut-être pires que le refus

Celui-là, on connaît, on l’attend de pied ferme
On en a vu bien d’autres, on n’en est même pas mort
encore…

Il y a des héros, vous ne voyez donc pas
le sourire de Dunyia, les espoirs de Mounir
le courage d’Abdellah et le patient Abdou
le sage Aboubacar, la détresse d’Hamid
et la fureur de vivre dans les yeux de Nassim

Tout le monde s’émeut sur le moment, tout le monde s’en fout sur le long terme
On continue de jeter des cacahouètes aux singes de la poudre aux mirettes et des hommes à la fosse
Y’a toujours des tempêtes qui se trompent de chemin
et s’endorment sur un coin de table le poing dans leur bouche morveuse
qui force les yeux à se détourner des murs qui se lamentent dans le désert
Le monde s’émeut au coin du feu, dans ses pamphlets télévisés et ses conflits de place publique

Pendant ce temps Dunyia sourit,
Mounir espère,
Abdellah chante
Abdou patiente,
Hamid sursaute,
Aboubacar fait sa prière
Nassim retient son souffle.

– Calamity Drine – Octobre 2010

Il peine, sans pain ni permis et appelle éperdu on s’en tape !
« Sans papier pas la peine,
sans papier pas la peine ! »
Sans papier pâle appelle
Pâle a peine à appeler et peiné et perdu épuisé
L’homme se perd dans la jungle des guichets, dans la forêt des formulaires, dans le silence de nos tours et le béton de nos déserts.

C’est ça le jeu du je ?

Bouches à miel et cœur de pierre
Cocons cossus, larmes de fer
Les usines tombent et l’argent voyage, l’argent tombe, les usines voyagent et les corps, pauvres, trainent leurs pensées mortes entre les hangars et les coffres/ les citernes sont pleines et la télé du monde fait délirer les crânes, les doigts serrent la rambarde, les nuques se ploient sous les barres et les claques des flics, c’est la guerre du fric, les cris des pauvres étouffés sous les grilles.
Les errants tombent et les usines voyagent
Tu as dans le sang des caravanes d’images
Tout autour de toi, les pavillons s’endorment.
Jeu, bibine, business et chloroforme.
C’est ça le jeu du je ?
C’est ça le sale jeu de nos jeux

Il, plein de plaies, sans possible, perd son sang, passe son temps à tenter de passer le cap, happer l’espoir, il veut toucher la terre, simplement, et boire. Mais tu penses, c’est puant, c’est peut-être un turban impudent qui prépare un carnage, alors ta main, tu la gardes dans ton froc et tes choses et ta manne, tu les stockes et de lui tu te dis faut qu’y nage ou qu’il parte. Faut qu’y nage ou qu’il parte !
Il se noie. Ça se voit pas.

Ils se noient dans les eaux dorées de la Méditerranée, à quelques bordées des marinas et des gambas grillés.

Ils se noient par milliers et nourrissent les thons rouges, les thons blancs, tournent, tournent les restaurants.

Ils se noient et leurs os caressent la coque des cargos sans lesquels nos frigos, nos palais s’ennuieraient, désertés.

Ils se noient en rêvant à une femme blonde et tendre avec des yeux d’enfants qui leur chante un pays sans barreau, ni bourreau, sans maton, ni tampon.

Ils se noient dans le vacarme de nos prisons, dans l’odeur pisseuse des blockhaus et dans la nuit à l’abandon, sous les halos blonds des ronds points, dans la solitude des quais et la compassion des néons.

Ils se noient dans nos fossés, dans nos mots de morts, nos cœurs codés

Ils se noient dans la défiance, dans les regards tordus et l’air rance, dans les traits affaissés des passants très pressés.

Ils se noient dans nos caves, ils se noient au travail dans le bruit et le sable.

Ils se noient dans des vagues de sucre, dans nos articles de loi, dans des courriers sans signature, dans la salive des préfectures.

Ils se noient dans un océan de portiques au paradis des matraques, dans les yeux des fonctionnaires et le fantôme miteux d’une devise révolutionnaire.

Ils se noient trahis par les sirènes avec à l’heure ultime au fond de la pupille, la dépouille d’un rêve.

C’est ça le jeu du je ?
C’est ça le sale jeu de nos jeux

Alors Nage !
Glisssssse et migre enfin là où le rêve règne.
Glisse et mystérieusement disparaît

Un néon éclate dans ton crâne
Bienvenue dans la République
Des Sans-Papiers.

Thomas Suel

Invisibles

Allées et venues incontrôlables
Les pieds dans le sable à la poursuite de l’insondable
L’insupportable supporté par la majorité
La sagesse de l’arbre voyageur
L’humain sans racines
L’aveugle volontaire refuse cette machine
Et le clandestin évite le saule pleureur ou le sol fait peur au seul pleureur
De passage, êtres de passages
L’espoir inespéré du Big Ben, Londres, Manchester
En zigzaguant policé entre les balles des winchesters
Habiter l’invivable,
Espérer l’après demain
Quand la population s’en lave les mains,
S’en bande les yeux en croyant être stable
Pour eux : chaque nouvelle étape est un point de non retour
Ne pas regarder en arrière, éviter les détours
Entendez vous ces au secours
Ou peut être préférez vous rester sourds ?
Du foot à fifty cent, de la musique kurde aux hits arabes, de Saddam aux courses poursuites, de la dalle aux mains qui ne cicatrisent plus, de la galle à la jungle quand je m’empiffre de ce krumble, de la palette aux maisons précaires, de la tentative à la réussite, de l’espoir au dégoût, du non retour se consumant comme un mégot.
In english please : how old are you ? where are you from?
14 ans from Kurdistan…
Ils vivent un état d’urgence permanent
Mais continuent à croire dans leur firmament
Le désoeuvrement laisse place aux bonnes œuvres, Salam, Terre d’Errance
Vous souhaitent la bienvenue en France
Éviter les flics, la violence
Avancer au pas cadencé de cette transe
Continentale, les mers, les pays traversés
Quand paisibles nous rentrons poser nos têtes sur le traversin.
Leurs yeux sont des mots
Des maux à mots qui parlent pour eux
Livres ouverts de cœurs couverts
Caractères forts en majuscule
Avancer avancer sinon ils reculent
Ils ont des noms : Sadran, Ali
Qui savent ou ils vont : Grande Bretagne
Quitte à en déplacer les montagnes
Calais : le bidonville chez les riches
La preuve qu’à cette partie l’Occident a joué la triche.
Apres l’American dream, voici l’Occidental dream :
Quand 6 milliards meurent
Pour qu’un milliard crève de bonheur
Quand 1 milliard monte des murs
Pour que les 6 autres crèvent au pied
Nus puisque les flics chourent les chaussures
Quand 1 milliard a peur de l’unité des 6 autres
Quand 1 milliard s’enterre enivré de Kanter
Pour que 6 milliards transcendent les frontières
Quand 1 milliard fait la politique de l’autruche, ne rien voir, ne rien entendre
Pendant que les 6 autres se consument en tas de cendres…
Ceuta, Melilla, Calais, Marseille, Sicile, Gibraltar, Athènes, Istanbul, Vincennes
La ou l’homme n’a plus de droit
Où les barbelés écorchent les doigts,
Où nos frères y perdent la foi
Et moi et moi et moi
Emoi des mois sans toit
Et toi des moi sans toi
Etoile dévoile tes voiles
Et toile déploie tes ailes
Salam Aleikum, bon voyage à vous
Inch’Allah un jour il n’y aura plus de frontières
Alors disparaîtront ces mots :
Migrants, réfugiés, clandestins, sans papiers, asile, naufragés, sans noms :
Les Invisibles.

Sircam

Sur l’air de « Macumba »

Couplet 1
Je suis venu sans bagage
Loin de mon pays sauvage
En dessous d’un camion
Direction l’Angleterre
Mais cela n’est qu’un rêve et j’ai les pieds sur terre

Refrain
Laissez-moi, laissez-moi, je veux aller là-bas !
Pouvoir tenter ma chance, sortir du désespoir
Laissez-moi, laissez-moi, je n’vous décevrai pas !
La vie dan mon pays est tellement dérisoire
Laissez-moi !

Couplet 2
Je me retrouve en campagne
Loin de mon rêve idéal,
Du travail, de l’argent
Pour nourrir ma famille
Dans mon pays si loin qui crève de famine

Refrain (*2)
Laissez-moi, laissez-moi, je veux aller là-bas !
Pouvoir tenter ma chance, sortir du désespoir
Laissez-moi, laissez-moi, je n’vous décevrai pas !
La vie dan mon pays est tellement dérisoire
Laissez-moi !

Pauline Delaire
Odile Caron
Du club théâtre de Norrent-Fontes

Tirage

Le n° 82246353728 gagne un bungalow à Philadelphie et épouse une directrice commerciale américaine.

Le n° 769845348 part en vacances à Patras. Départ immédiat. Un repas individuel sera servi.

Le n° 7998316543 est déporté à Koufrah pour une durée indéterminée

Le n° 8965346667 décroche le statut de réfugié politique en Grande-Bretagne et entame des études de téléphonie.

Le n° 78999546743 est incarcéré pour vingt huit mois au centre de détention de Séquedin pour aide à l’entrée et au séjour irrégulier

Le n’° 97564356789 reçoit un coup de machette d’un maffieux russe

Le n° 6745234578 est hébergé chez une agricultrice retraitée qui lui offre un chocolat chaud.

Le n° 634254347 est attendu derrière le podium

Le n° 9834267854 gagne une noyade dans le canal

Le n° 657434568 passe à la télévision avec Eric Besson et signe un contrat d’intégration républicaine.

Le n° 985674532 incarnera la générosité française au sommet mondial des migrations à Tripoli du 17 au 24 décembre prochain

Le n° 75478653423 devient gréviste de la faim sur un matelas

Le n° 56345237987 gagne un contrat de travail tacite dans l’atelier de M. Ming, boulevard des syndicats à Roubaix.

Le n° 652738490 obtient un poste de quatrième couteau pour le compte de la maffia russe et travaillera dans la région

Le n° 984563452 sert la main de la première secrétaire du parti socialiste et gagne une photo dédicacée de Madame Mitterand

Le n° 437658764 bénéficie d’une erreur administrative et participera aux prochains mondiaux d’athlétisme sous les couleurs françaises

Matraque

Tassé dans les barques
Lovés dans les soutes
dans le cul des routes
tapis dans le vent
à l’ombre des cuves
Caché dans les caisses
les casses, les caves
Hommes sans case
Corps à taser et à claques

Matraque

couchés dans les champs
muché dans les bouges
Tapis dans les camions
que si qu’t’ y bouges
la paf la bac t’attrapent
Des claques

Matraque

Parqués, comptés
Cognés dans les camps
Puis
Jetés aux vents
Battus sous l’orage
Pliés sous les phares,
Coincé sous les baches
Jetés dans les cars

Matraque

Contrôle
Cellule
Trottoir
Champ
Camion
Contrôle
Car
Matraque
Champ
Camion
Contrôle
Cellule
Matraque
Car
Cellule
Matraque
Champ
Camion
Matraque
Champ
Matraque
Camion
Contrôle
Cellule

MIGRANT

Je suis fatigué
Je suis fatigué de planter votre canne à sucre biologique. Je suis fatigué pulvériser sans masque la chimie que vous me vendez pour faire pousser votre café. Je suis fatigué de coudre les vêtements que vous me donnerez quand ils seront usés. Je suis fatigué de voir votre bonheur, vos aventures et vos voitures par satellite : J’EN VEUX AUSSI ! Je suis fatigué de violer ma terre pour lui arracher votre pétrole et vos diamants ensanglantés.
Et je suis fatigué de voter pour mon dictateur. Je suis fatigué d’attendre d’apprendre la mort des miens emprisonnés. Je suis fatigué de me mettre à genoux et d’avoir peur.

Alors je me relève et je salue ma mère et mes pères et ma terre.
Alors je dis au revoir à ceux que je ne reverrai jamais.
Alors je joue ma vie.

Je travaille dur, je trafique ferme, je prends l’argent où il se trouve. Un mois, dix mois, deux ans.
Et je paie pour passer la frontière. Et je prie pour sortir du désert. Et je m’accroche au métal brûlant du pick-up pour échapper au sable brûlant de la mort.
Je n’ai pas faim j’ai soif. J’ai besoin d’eau et d’ombre. J’en suis à boire ma pisse. Je ne vois plus les corps que la voiture dépasse.

Je vois la première ville, je suis encore vivant. Ça y est je vois la mer.
Je travaille dur, je trafique ferme, je prends l’argent où il se trouve. Un mois, dix mois, deux ans.
Et je paie cher pour m’entasser dans cette barque. Nous payons pour monter dans ce négrier.
Où en est-on ? Suis-je encore digne ?
Reste tranquille si tu paniques tu meurs noyé.
Les vagues sont fortes et nous sommes si petits. Ma voisine vomit.
Les vagues sont fortes et nous sommes si petits. Je prie.
LES VAGUES SONT FORTES ET NOUS SOMMES SI PETITS. Trois sont tombés.
LES VAGUES SONT FORTES ET NOUS SOMMES SI PETITS…Et je pose pied à terre.

Je suis de l’autre côté du miroir.
Je suis là où c’est riche. Je suis là où c’est libre. Je suis là où c’est égal, je suis là où c’est régal. Je suis là où c’est pluie, là où c’est soleil aussi. Je suis là où c’est savoir, je suis là où c’est pouvoir. Je suis là où c’est sous je suis là où c’est fou je suis là où c’est vous…
Mais pourquoi me regardez-vous ainsi ?
Pourquoi évitez-vous de voir ce que je suis ?
Je ne suis coupable que d’exister :
Je suis Sacco et je suis Vanzetti et j’ai fui avant de me faire tuer légalement.
Je suis Jan Palak, je suis Jan Zajic et je suis Evzen Polck et j’ai fiu avant de me brûler de désespoir.
Je suis Victor Jara et j’ai fiu avant que ma main ne soit coupée par l’armée.
Je suis Moussa Kaka et je suis Hu Jia et j’ai fui parce qu’être journaliste, être citoyen c’est être libre.
Je suis Omayra et j’ai fui avant de mourir noyée dans un torrent de boue sous l’œil de vos caméras.
Je suis Saint-Etienne et je suis Mansour el Hallaj et j’ai fui avant qu’il ne me tue parce que j’ai la foi et parce que je crois.
Mon tord et d’avoir fui, d’avoir choisi la vie.
Il fallait que je meure pour prendre quelque valeur ?

On m’a dit que vous étiez révolutionnaires, contestataires. J’ai appris que vos grand-mères ont résisté, que vos grands-pères ont traversé le continent pour défendre l’espagnole république. Où sont-ils ceux-là, je ne les voit pas.
Je ne vois que des caddies, j’entends parler des soldes,
Je ne vois que des voitures, j’entends parler vacances,
Je ne vois que des jouets, je vous entends vous plaindre…
Ha oui ! Vous vous battez pour le pouvoir d’achat !
Achetez quoi vous voulez, Achetez quand vous voulez, Achetez qui vous voulez, Achetez comme vous voulez
Jetez quoi vous voulez, Jetez quand vous voulez, Jetez qui vous voulez, Jetez comme vous voulez
Acheter, à jeter, Acheter, à jeter, Acheter, à jeter, Acheter, à jeter, Acheter, à jeter, Acheter, à jeter Acheter, à jeter, Acheter, à jeter….quand vous arrêterez-vous ?
Quand me regarderez-vous ? Quand me donnerez-vous autre chose que vos vieux habits ?
Quand les travaux de la maison seront finis ? Quand la deuxième résidence secondaire sera remboursée ? Après l’achat de la troisième voiture ou à la fins des études du petit dernier ?
Votre argent m’intéresse moins que vos idées.
Mais vos idées se perdent dans les embouteillages et les allées d’hypermarchés.

Je ne regrette pas d’être parti. Je pense que je n’avais pas le choix.
C’est vrai je suis parti. Mais je suis venu aussi, ici.

Je suis venu ici pour gagner de l’argent, pour vivre librement. Je suis venu pour ne pas trembler de peur ou de faim pour mes enfants. Je suis là pour devenir quelqu’un, qu’on me reconnaisse enfin, en vain ?
Je suis venu vous dire mes peurs, mes pleurs, mon dictateur ou mon empereur, mes violeurs et mes heurts.
Je suis venu vous dire ça, pour que vous sachiez là-bas.
Mais vous saviez déjà.
Vous savez, n’est ce pas ?

Alors à quoi bon, puisque vous m’avez refusé
Le petit bout de papier que je vous avais quémandé.
Vous voulez que je parte, je ne partirais pas.
J’avais choisi la vie.
Je préfère me tuer.

Nan

T’t
T’t
T’at’t
T’att en
T’attends
T’p’
T’a P’
T’as pas
T’P
D’TP
T’as pas
D’tampon
T’attends
T’as tant
Rêvé
T’attend
Rêvé tampon
T’as tant
Rêvé d’un pont
T’attend tampon
T’as ton tampon ?
T’as pas d’tampon

T’attends, caché
T’as tant caché
T’attends cachet
Ton temps gâché
Ton temps gâché
Ton temps gâché

Tout l’temps caché
Ton temps gâché
Tout l’temps caché
Tu t’engageais
Tu t’engages et tu t’engages
Et tu t’engages ?

Clame ! Clamse pas !
Caché, cache cache c’est plus pour toi
T’as pas d’tampon, la vie s’en tape
L’Etat Papon tu cries à bas
Tu prends la rue, plus sous les ponts
T’as pas d’tampon mais tu te bats
Tu te bats sans tampon
Tu t’ébats sans tampon
Tu n’es pas sans tampon
Tu n’es plus sans tampon
T’as battu cet état
Tu n’es plus sans tampon

Mais Ali, mais Abdel ? Mais Hadji ? Et Sékou ? Mais Samba ? Mais cissé ? sont cachés sans tampon, attendant, attendant
Ah tant dans les fossés, et tant dans les caves
Ah tant dans les squatts et tant dans les cages
Mais Zena ? Et Salif ? Et Khaled ? Et Oumar ? Kadidja ? Mariama ? Fat’mata ?
Sont tendus, sont tendus, attendant, dans l’attente
Et silence et silence
Où s’élance ?
Ennui et nuit, ennui et nuit
A peur et a peur et a peur et a peur apeurés apeurés

Mais si y crie, Ali ?
Et si qui brave, Abdel, la loi des rats et pi qui y va
Et si qu’à s’lève, Fatou et qu’a dit tout
Et si qui vont Oumar et Cissé et Sékou secouer secouer les vestons les vestons à tampons
Et si i, et si easy, et si easy y z-y vont ?
Y z’y von
Y z’y von
Y von man
Y von man
Y von magni-
Y von manif
Y vont magnifique
Y vont manifester

Sans papier sans papier
N’attends plus n’attends plus
N’attends pas n’attends pas
Ton tampon, ne tends pas le menton
Mais le poing et les mots à l’Etat et la main à ceux qui
Sans tampon sans tampon sont cachés sans cachet sont cachés…

Sans cachet s’engager, sans cachet s’engager, sans cachet s’engager.

Thomas Suel

Sans douleur, il nous pique le chaleureux confort
Bises de bison friqué
L’affreux baiser qui abuse du frais
Banal bazar à foutraque d’idées
Très fréquemment de bouses basiques
– Reprendrez-vous un peu de désert?
Le silence est la soif de l’oubli
Tabula Rasa, ta boule à zéro, t’as bu l’apéro?
Un oncle aléatoire fait tomber sa moustache dans son verre de whisky.
La famille élargie par des hôtes malvenus de trop loin
La lèvre mise à nu du tonton tout bourru s’adresse à l’inconnu
– Mais je vais pas laisser entrer toute la misère du monde dans mon nouveau 4×4!?
Mes sièges en cuir m’en voudraient de les faire rencontrer des fessiers étrangers!!
Certitudes du quotidien nécrophile
Poignées de main hypocrites de valet à vassal
Souriante réalité sublimée par un bonheur coupé à l’eau de Javel.
Triste sort de l’inconnu oublié dans le fossé, la tranchée, le fil barbelé.
Deux mondes tendent à s’ignorer l’un de l’autre
Une mécanique bien verrouillée qui veut que cette vie rêvée qui nous endort,
dissimule la misère ou la rend fatalité
Pourtant rien n’est joué,
Chaque mot partagé peut huiler la machine,
Chaque acte posé peut en faire changer le sens,
et la force des liens peut la faire éclater.

Un protagoniste

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