« On n’est pas des passeurs »

L’Écho de la Lys – jeudi 05.08.2010

« On n’est pas des passeurs »

L’aire de Saint-Hilaire-Cottes est une plaque tournante pour les clandestins. L’aire de Saint-Hilaire-Cottes est une plaque tournante pour les clandestins.

à chaque fois, c’est le même scénario. Pour les uns, c’est du harcèlement, mais pour la justice, c’est la traque aux passeurs qui profitent des étrangers en situation irrégulière.
La semaine dernière deux Érythréens considérés justement comme des passeurs ont été interpellés sur l’aire de Saint-Hilaire-Cottes.
Ces deux-là nient le statut de passeurs qui leur est attribué par les enquêteurs. Ils prétendent aider les clandestins à monter dans les camions à destination de l’Angleterre. Goïtom Hailemikael, 37 ans et Yonas Tesfaukael, 28 ans, ne dérogent pas à la règle. Ils ont été interpellés sur l’aire de repos de l’A26 le 30 juillet dernier après plusieurs nuits de surveillance de la police aux frontières. Les deux Érythréens ont été placés en détention provisoire ce week-end dans l’attente de leur jugement ce lundi 2 août.

Un sac à dos avec des pinces
Une opération de surveillance a été mise en place les 28-29 et 30 juillet par les agents de la police aux frontières. Elle se fait la nuit, celle-ci étant propice aux activités des groupes de clandestins.
Les policiers observent dans le courant de la première nuit des mouvements. Ils décrivent le mode opératoire des individus qui aident les clandestins à monter dans les camions. L’un fait davantage office de guetteur. L’autre ferme les portes des poids lourds. Les policiers décrivent la tenue vestimentaire des deux Érythréens suspectés d’être les passeurs.

La seconde nuit, le scénario est identique. Deux individus sont à la tête d’un groupe qui avance sur le parking.
L’effectif de surveillance est renforcé afin de procéder à l’interpellation des individus. Parmi les clandestins on note la présence de plusieurs mineurs dont une jeune fille enceinte de six mois.
Un sac à dos contenant des tenailles, pinces… est découvert lors d’une battue organisée aux abords du parking, et dans les bosquets.

Les clandestins n’ont n’y argent sur eux, ni téléphone. Une carte Sim est saisie mais son exploitation ne donnera rien car l’opérateur est d’origine italienne. Lors des auditions, les clandestins sont unanimes et soutiennent la même version : il n’y a pas de passeur. Chacun s’entre aide.
« On n’est pas des passeurs mais des passés », déclarent Goïtom Hailemikael et Yonas Tesfaukael.
Sauf que l’interprète est témoin d’une déclaration de l’un d’entre eux. Il explique qu’il ne peut pas parler par peur des représailles.

« Des failles dans le dossier »
Goïtom Hailemikael et Yonas Tesfaukael sont dans le box des accusés. Ils maintiennent leurs dénégations et prétendent que les policiers sont des menteurs. Malgré la lecture du rapport d’enquête, les Érythréens campent sur leur version.
Face au comportement des prévenus, le Parquet reprend chaque élément du dossier. Le procureur Salimi veut ainsi ôter le moindre doute qui pourrait persister dans l’esprit des juges.

Pour le ministère public, il n’y a aucun doute : les prévenus sont bel et bien des passeurs. Le procureur requiert six mois de prison ferme et une interdiction de territoire français durant cinq ans.
Maître Amourette, avocate de la défense, relève des failles dans la procédure. D’autres passeurs sont évoqués mais brillent par leur absence sur le banc des prévenus. « Pourquoi ? » s’interroge la défense.
L’avocat dénonce un dossier ficelé avec de maigres indices. Comme le sac à dos trouvé à proximité de l’aire d’autoroute. « Rien ne prouve qu’il appartient à l’un ou l’autre ».

Quant aux confidences d’un des clandestins recueillies par l’interprète : « Aucune preuve tangible ne permet de dire que ce témoin désignait Goïtom Hailemikael et Yonas Tesfaukael. Il manque des éléments objectifs », conclut la défense qui demande la relaxe.

Finalement Goïtom Hailemikael et Yonas Tesfaukael ont été condamnés à quatre mois de prison ferme à exécuter immédiatement.

C. B.

Source

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