Afghans hébergés de Paris : Aller aux racines du mal

Communiqué du Gisti

Afghans hébergés de Paris : Aller aux racines du mal

Quelques dizaines d’Afghans mis à l’abri à Paris pour quelques jours à la faveur d’une action humanitaire, c’est évidemment appréciable pour les bénéficiaires. Si cette action ponctuelle reste limitée à cela, elle masquera les questions de fond, à savoir la complicité des Etats membres de l’Europe, à commencer par la France, dans une entreprise commune de tricherie avec le droit international, en premier lieu le droit d’asile.

Au cours des dernières semaines, par exemple, des dizaines d’Afghans appuyés par des associations ont obtenu des tribunaux de multiples injonctions aux préfets à procéder sans délai à leur hébergement. Mais l’Etat s’en moque. Il se contente de concéder un toit à ceux qui, par le hasard d’un contact avec des associations combatives, ont la chance de pouvoir contester leur clochardisation. Les autres restent à la rue. L’Etat se fait délibérément illégal.

Aujourd’hui, la tricherie continue : le ministre Besson se précipite pour annoncer qu’il est disposé à offrir un hébergement exceptionnel aux protégés des initiateurs de l’action du moment. Rien de tel qu’un geste de bienveillance dérogatoire pour anesthésier un soubresaut et l’empêcher d’aller aux racines du mal.

Le mal dure depuis la fin des années 80. Il s’est appelé Sangatte (1999-2002). Il s’est progressivement étendu à l’ensemble du nord-ouest de la France et à Paris. Il affecte le Royaume-Uni, la Belgique, les Pays-Bas, les pays scandinaves, la Grèce ou l’Italie. Il est donc largement européen. Il a condamné et condamne encore des milliers d’Afghans, d’Erythréens, d’Ethiopiens, d’Irakiens, d’Iraniens, de Somaliens, de Soudanais à survivre partout dans des squats et dans des bois comme des bêtes.

Ce mal institutionnel relève d’un calcul pervers. Il vise à prendre en otages les exilés présents en Europe et à faire en sorte que leur situation soit assez misérable pour dissuader leurs compatriotes d’émigrer.

La théorie de la lutte contre l’« appel d’air » est un poison idéologique destiné à maintenir en place un ordre du monde que les pauvres contestent comme ils le peuvent. Ce que souligne à sa manière l’écrivain afghan Atiq Rahimi en insistant sur le fait que tout expulsé afghan renforce les rangs des taliban. Au-delà de ce pays, la liste des nationalités des exilés laissés à la rue, tant à Paris que le long du littoral de la Manche et de la Mer du Nord, illustre le besoin et l’urgence absolus d’un asile ainsi que la légitimité indiscutable de cette quête. Mais les exilés partent de pays pauvres et les nôtres sont riches d’une richesse qu’il a été décidé de ne jamais partager.

Quiconque entend être loyal avec les Afghans de Paris ponctuellement hébergés ne peut éluder ces questions qui transcendent largement la situation d’une poignée de victimes dans une ville donnée.

Dans cette affaire, la légalité est du côté des exilés, la violation de la loi et des droits fondamentaux du côté de l’Etat.
Faisons en sorte que l’Etat applique le droit.

Le 11 janvier 2010

http://www.gisti.org/spip.php?article1803

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