A Paris, sans abri ni papiers

AFP – 21.12.09

A Paris, sans abri ni papiers, Ahmed l’Afghan « meurt tous les jours »

Entre deux écluses du canal Saint-Martin, en plein coeur de Paris, un Afghan fait sa prière à même le sol glacé, au crépuscule. L’heure pour ses compatriotes de galère, Ahmed et les autres, d’aller chercher du bois pour affronter une nouvelle nuit sur les quais. Ahmed et Abdul, originaires de la vallée du Panjshir, dégotent une palette de bois et une porte dans des bennes à ordures. De quoi alimenter leur brasero de fortune alors que le thermomètre affiche – 6°.

« Chez nous, il y a la guerre, mais on ne dort pas dans la rue », constate Ahmed, assis sur un morceau de carton, les mains au-dessus des flammes. « Depuis cinq années, je suis sans papiers, sans maison, sans rien du tout ». Ahmed, 24 ans, les pommettes saillantes, a quitté Kaboul en 2001. Son frère, affirme-t-il, combattait aux côtés du commandant Ahmed Shah Massoud. En représailles, les talibans ont tué sa famille, et il a dû fuir, raconte-t-il. Il passe par le Pakistan, l’Iran, la Turquie, avant d’arriver en France en 2005, plein d’espoir. Mais quand il fait sa demande d’asile la même année, la réponse l’assomme. « Ils m’ont dit en Afghanistan, il n’y a pas de guerre, il faut retourner chez vous. Dans votre pays, c’est calme maintenant », raconte-il dans un français hésitant. Seule solution alors, la Grande-Bretagne. Pour l’instant, sans succès.

Le quai de Jemmapes, où il va passer la nuit avec des dizaines d’autres Afghans, est jalonné de plusieurs feux allumés par les migrants. Dans l’eau du canal, se reflètent les lumières d’un autre monde, celles de la rue quelques mètres plus haut.

« Quand je vois les gens qui passent, ils doivent penser : Mais qu’est-ce qu’ils font les animaux ici ? », raconte Ahmed, dont les habits impeccablement propres ne laissent rien deviner de sa situation mais témoignent de sa dignité.

En Afghanistan, « peut-être je prends une balle et je meurs pour toujours. Mais ici, aujourd’hui, je meurs tous les jours. Chaque jour qui passe, c’est comme si j’étais égorgé », lâche-t-il, geste à l’appui.

Alors pourquoi ne pas rentrer en Afghanistan ? Ahmed, dont le prénom a été modifié pour des raisons de sécurité, ne s’aventure pas à répondre, mais un de ses compagnons prend la parole. Une fois rentré au pays, les talibans vont dire : « T’as été en discothèque, t’as vu des femmes, t’as bu de l’alcool, t’es un fils de George Bush! », affirme-t-il. « Ils te couperont en morceaux ».

Selon les organisations humanitaires, au moins 300 Afghans sans papiers errent actuellement dans Paris. L’an dernier, 281 ont fait une demande d’asile en France, 40% ont obtenu les précieux papiers, selon France Terre d’asile. Cette année, ils sont près de 600 à avoir fait la démarche.

Après avoir lutté contre le sommeil auprès du feu, Ahmed et son compagnon d’infortune Abdul se faufilent dans leur sac de couchage, donné par des associations caritatives. Au petit matin, c’est la neige qui les réveille. Une énième complication dans une vie de galères, rythmée par les soupes populaires, la recherche d’un centre d’hébergement et la peur du contrôle policier.

« Quand les Afghans viennent ici, même s’ils vivent dehors, on leur dit : non, toi tu es mauvais, s’indigne Ahmed. Ils l’attrapent, ils l’attachent, ils le mettent dans un avion ». Sous la neige, Ahmed et Abdul emballent à la hâte leurs maigres affaires et se dirigent vers un local de la Fondation Abbé Pierre pour prendre une douche. En route, ils croisent un aveugle. Et parmi les nombreux piétons sur le trottoir, c’est Abdul, engourdi par le froid et encombré de ses baluchons, qui l’aide à traverser la chaussée enneigée.

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