Salim, d’Afghanistan à Dunkerque

Nord Eclair – Publié le dimanche 13 décembre 2009

Salim, d’Afghanistan à Dunkerque

Pendant 30 jours, ils ont hébergé et aidé Salim, Afghan de 25 ans. Ce couple de la métropole témoigne de la difficulté des migrants à retrouver leur identité, malgré le statut de réfugié.

JUSTINE FAIDERBE > villeneuvedascq@nordeclair.fr

Nous les appellerons Agnès et Paul, puisqu’ils tiennent à l’anonymat. Puisque comme eux, « d’autres en ont fait beaucoup, voire plus ». Agnès et Paul, couple de retraités de la métropole, ont accueilli pendant un mois un immigré. Pas sans papier, mais sans rien. Agnès se rappelle de ce jour, le lundi 19 octobre 2009, où Salim est arrivé chez eux. « Il avait un jean, un pull, et serrait dans sa main son papier provisoire de statut de réfugié. C’est tout. » Ni origine, ni âge. « 40 ans selon un ami, 25 d’après le centre de rétention.
» « Enregistré » en France début octobre, Salim passe trois semaines à Lesquin. À la Cimade, centre d’accueil des demandeurs d’asile, il explique qu’il lui a fallu une année pour traverser l’Iran, la Turquie, qu’auparavant son père et sa mère ont été assassinés par les Talibans parce que son frère combattait pour le gouvernement. Son histoire est floue, les dates et les lieux inexacts. « Kidnappé, police, battu, 7 000 dollars, Italie, le train, Paris. squats de Dunkerque. » Salim apprend que sa femme et son fils sont morts le jour où lui a été délivrée sa carte de résident français.

Trouver un point de repère
« Quand il a su que ses cours de français ne pourraient pas commencer avant janvier, rapporte Agnès, il était déçu. » La communication avec Salim, Afghan pachtoune, se fait en anglais et par gestes. Mais difficilement. « Il était fier d’énumérer les jours de la semaine, mais était incapable de prendre rendez-vous », rebondit Paul. Depuis le démantèlement de la jungle, sur la zone des Dunes de Calais le 20 septembre, Agnès et lui s’étaient préparés à héberger un voire plusieurs migrants en urgence. Alors le couple prend ses responsabilités.
Le lendemain de son arrivée, Paul accompagne Salim à la Croix-Rouge lilloise, qu’il choisit comme domiciliation, et à l’Ofii, office français d’immigration et d’intégration. À la Mission locale, on lui monte un dossier. Il touchera 200 E. Puis commence un véritable marathon administratif pour lui trouver un hébergement décent et stable, « un point de repère qui n’ajoute pas à sa précarité ». Car, solidaires, Paul et Agnès ont tout de même fixé des limites : Salim devra quitter leur logement mi-novembre. « On voulait qu’il se rende compte que son intégration en France ne passait pas seulement par nos « good home », explique Agnès, mais par le système que côtoient chaque jour les autres migrants réguliers et quatre millions de Français pauvres. » Un système qu’elle juge pourtant « carnivore ».
Un mois plus tard, le vendredi 20 novembre, Salim doit faire sa nouvelle valise. Préparé à quitter la maison du couple, il n’a toujours pas trouvé de toit.

L’Abej, centre d’accueil des sans-abri, Home de Flandres, Capharnaüm, dans les associations, « c’est toujours liste d’attente », dit Agnès. « Ce qui est invraisemblable, c’est que même sous protection, l’État français n’a rien prévu pour un réfugié ! » Le couple est à cran, commence à douter de son choix. Agnès se souvient, pleure. « On ne savait pas où il allait atterrir, j’étais effrayée à l’idée qu’il se fasse agresser la nuit. Mais si nous l’avions laissé rentrer chez nous, ça aurait été psychologiquement catastrophique pour tous. »

Le 115 comme seule solution

La première nuit, l’association Aïda appelle pour Salim les urgences sociales du 115, qui lui trouvent une chambre à l’Armée du Salut. « On sait maintenant que c’est la seule façon d’obtenir vite un hébergement de nuit », constate Agnès. Alors chaque matin pendant dix jours, le jeune Afghan répète sa démarche auprès du 115 qui, à chaque fois, le renvoie à l’Armée du salut. Paul, encore, le suit. « On vivait dans l’incertitude totale », dit-il. Jusqu’au 30 novembre au matin, date de bilan avec l’Ofii. « Ce jour-là on a cherché Salim dans Lille pendant plus d’une heure, sourit Agnès. Son portable avait disparu. » On leur annonce qu’une chambre permanente est disponible pour lui à l’Armée du salut. Un référent aussi. « On s’est dit qu’enfin, un professionnel allait prendre son dossier en charge, dit le couple. À midi, on soufflait. » Impliqué, Salim gère aujourd’hui seul ses rendez-vous. Il va même au Pôle emploi. Le plus important pour Agnès, c’est qu’il ait « son propre home, son propre lit, son point de ralliement. Maintenant, Salim existe quelque part ». Jusqu’à quand ?

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