Angres : Belle affluence pour la soirée « Clandestin »

La Voix du Nord – mardi 24.11.2009

Belle affluence pour la soirée « Clandestin » consacrée aux migrants d’Angres et d’ailleurs

Il a fallu rajouter des chaises dans la salle des fêtes d’Angres, jeudi soir, pour accueillir les nombreuses personnes attirées par l’annonce de la représentation de la pièce de Joël Campagne « Clandestin ». Il faut dire que le « camp » d’Angres, situé à proximité de l’autoroute A26, a fait beaucoup parler de lui ces derniers temps.

Occupé par des Vietnamiens, ce camp a été attaqué début septembre. Sa destruction par la police quelques jours plus tard a provoqué dans la population une vague de solidarité qui s’est traduite par une marche, l’installation d’un camp provisoire sur la place de la mairie et un soutien accru à la cause de ces migrants.

Mardi dernier, des propriétaires de parcelles occupées par le camp ont donné une conférence de presse pour faire état des pressions exercées sur eux par la police (notre édition du 18 novembre).

Ce soutien est devenu actif depuis l’hiver 2008 où l’on a noté des températures qui sont descendues jusqu’à – 14 degrés. Un collectif s’est constitué, spontanément, sans organigramme. Nadine Baude affirme : « Chacun prend sa part de la solidarité, personne n’est au courant de tout.»

Marc Hayman évoque une fourmilière : l’un apporte de l’eau, la Fraternité fournit des vêtements, la commune d’Angres ouvre les douches de la salle des sports, d’autres apportent de la nourriture… Laurent Mamery évoque le collectif de Norrent-Fontes où l’on trouve des Éthiopiens et des Érythréens. C’est là qu’a été arrêtée Monique Pouille pour avoir rechargé des téléphones portables. Son odyssée a fait passer le collectif de 12 à 400 personnes. Combien sont-ils à Angres ? Une cinquantaine ? Ils seront plus, demain, touchés par l’interprétation très humaine de Mérouan Talby.

Le décor est minimaliste : une chaise sur le plateau, des effets de lumière, un accompagnement musical qui sépare les tableaux. L’argument : Merouan Talby joue tour à tour le rôle de la présidente de la commission des recours des réfugiés, une femme « compréhensive mais à qui on ne la fait pas ! », le rapporteur « qui en a marre de ces histoires inventées de toutes pièces », le requérant englué dans cette affaire qui ne sait plus s’il doit parler, raconter son cas, embellir la vérité ou se taire écrasé par l’incompréhension et l’inutilité de son témoignage.
Le quotidien des migrants

Puis l’acteur uilise l’image du Jeu de l’Oie, « oiseau migrateur lui aussi ! ». Il évoque son départ, avec visa ou avec passeur, les aléas de la longue route, l’échec des demandes d’asile, la reconduction éventuelle ou la clandestinité, la vigilance constante, la trouille, les petits incidents qui prennent tant d’importance.

Au hasard des coups de dés, le clandestin passe de case en case, tendu vers ce jardin des délices qui marque la fin du jeu, la victoire dans la sécurité des papiers conquis, le rêve inaccessible… Merouan Talby a joué sans effets, avec beaucoup de justesse et de nombreux applaudissements ont accompagné sa sortie.

À un kilomètre de là, dans la nature, autour d’un maigre feu, une quarantaine de Vietnamiens dans l’attente d’un camion tout proche qui les conduirait à Calais ont encore passé une nuit à Angres. •

JACQUES DELIGNE (CLP)

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