L’expulsion de trois Afghans provoque un tollé en France

L’expulsion de trois Afghans provoque un tollé en France

Reuters 21.10.09 | 15h51

Trois Afghans ont été expulsés de France vers Kaboul dans la nuit de mardi à mercredi à bord d’un vol franco-britannique, une opération qui a déclenché l’indignation jusque dans les rangs de la majorité. Le ministre de l’Immigration, Eric Besson, a justifié ces reconduites forcées par le fait que les alternatives avaient été épuisées pour ces hommes originaires de la région de Kaboul. « La France ne peut pas être le pays le plus généreux en matière de droit d’asile et le seul à refuser les reconduites à la frontière », a-t-il déclaré devant les journalistes, dénonçant le « détournement du droit d’asile à des fins économiques ». Les trois Afghans sont arrivés en fin de matinée dans la capitale afghane en même temps que 24 de leurs compatriotes rapatriés par le Royaume-Uni, d’où est parti l’avion qui a fait escale à Paris à l’abri des médias et des associations. A leur arrivée, des représentants de l’ambassade de France ont été chargés de s’assurer de leurs conditions d’accueil, a précisé le ministère français des Affaires étrangères. Ils viennent de zones « moins insécurisées » que le sud de l’Afghanistan et recevront une somme d’argent pour se réinstaller, a dit Eric Besson. Selon le ministère de l’Immigration, ils avaient auparavant refusé l’aide au retour volontaire, choisie par 180 clandestins afghans depuis le début de l’année, et leur demande d’asile avait été rejetée par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra). Un quatrième Afghan devait à l’origine faire partie de ce vol mais, selon Eric Besson, « toutes les conditions n’étaient pas scrupuleusement respectées » pour l’expulser. L’homme était « proche de la passerelle » d’embarquement à Roissy lorsque le ministre a ordonné de le faire redescendre. Selon la Cimade, une association d’aide aux sans-papiers, le clandestin aurait été blessé dans la manoeuvre lorsqu’il s’est rebellé, ce que le ministre de l’Immigration a démenti. Sous le feu des critiques des associations, de l’opposition et de plusieurs députés UMP, Eric Besson a multiplié les prises de parole mercredi tout en annonçant d’autres vols à l’avenir. Sur 26 demandes d’asile de migrants afghans, l’Ofpra en a rejeté 16, y compris celles des trois hommes rapatriés mercredi. « CRIMINEL » « Je ne stigmatise jamais les migrants, ils prennent des risques insensés, ils ont un courage insensé », a souligné Eric Besson, estimant que ce vol collectif vers l’Afghanistan, le premier depuis 2005, était un « message adressé aux passeurs ». Les trois hommes expulsés mardi soir avaient été arrêtés dans des zones symboliques du territoire français: les environs de Calais, où la « jungle », zone de transit illégal, a été démantelée en septembre, le Xe arrondissement de Paris, où squattent de nombreux clandestins afghans, et près de Nice, porte d’entrée des migrants venus par le sud de l’Europe. Le Parti communiste a fustigé « ce petit ministre qui fait ses mauvais coups après minuit ». « En renvoyant ces migrants dans leur pays en guerre, Eric Besson met leur vie en danger et les expose à la torture et à la mort », dit un communiqué du PCF. Martine Aubry a abondé dans le même sens. Ces Afghans « ne viennent pas ici pour nous ennuyer, mais pour fuir la guerre, fuir la misère, fuir la pauvreté. Je crois que c’est indigne de notre pays de les traiter ainsi », a dit le premier secrétaire du Parti socialiste sur France 2. Ex-membre du PS passé à l’UMP, Eric Besson l »a mise au défi de proposer des solutions alternatives aux reconduites forcées. Pendant que la gauche était au pouvoir, de 1997 à 2002, c’était « un processus quasi-interrompu », a-t-il fait valoir. Si les socialistes « veulent un débat, chiche », a-t-il lancé. De vives critiques sont également venues de la majorité présidentielle, balayées par le ministre de l’Immigration qui s’est prévalu du soutien du chef de l’Etat. Le député UMP des Yvelines Etienne Pinte, qui avait dit mardi avoir eu l’assurance d’Eric Besson qu’aucun vol groupé n’était programmé, s’est dit « trompé » par le ministre. Dans une interview à La Voix du Nord, la député UMP Françoise Hostalier, qui préside le groupe d’amitié franco-afghan à l’Assemblée nationale, a jugé « criminels » les retours forcés dans un pays en guerre. Des « voix discordantes » et minoritaires, a assuré le ministre de l’Immigration. « Je me sens parfaitement soutenu par la majorité de la majorité présidentielle », a-t-il dit.

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