« Il y a un véritable problème de définition du mot passeur… »

La Voix du Nord – lundi 12.10.2009

« Il y a un véritable problème de définition du mot passeur… »

La présidente de Terre d’errance, Lily Boilet, réagit …

à la condamnation des trois migrants interpellés mercredi soir. Entretien.

Un communiqué émanant de votre association dresse un parallèle entre l’affaire Clearstream et l’interpellation, mercredi soir, de migrants érythréens sur l’aire de St-Hilaire, pour quelle raison ?

« Nous considérons que dans les deux cas, la présomption d’innocence a été bafouée par les autorités. Depuis, les trois migrants ont été condamnés à des peines de prison. À la base de cette politique de criminalisation, il y a d’abord un véritable problème de définition du mot passeur… »

Que voulez-vous dire ?

« Que le mot est utilisé à toutes les sauces pour cautionner une politique expéditive et répressive. Les passeurs tels qu’ils existaient encore il y a quelque temps à Saint-Hilaire, ou sur le camp de Norrent-Fontes, ont disparu. Les Soudanais en l’occurrence ont été repoussés. Au prix de la mort d’un homme. Les policiers ont-ils d’ailleurs trouvé de l’argent sur les Érythréens interpellés ? Pas un centime. Je ne suis néanmoins pas naïve, je sais que la prise de risques se monnaie sur le camp. Certains donnent de l’argent à d’autres, chargés, pour une période donnée, d’ouvrir et de fermer les camions. Mais jamais ils n’y sont tenus par la force. Personne ne rackette personne. D’autant que généralement, l’argent en question sert à acheter des vivres et des cigarettes partagées par la collectivité. Reste que ces trois hommes viennent d’être condamnés en tant que passeurs alors qu’eux-mêmes peuvent faire la preuve de multiples tentatives de passage, et, pour certains, de tentatives de demande d’asile. »

Comment est l’ambiance aujourd’hui sur le camp ?

« La tension est remontée d’un cran. Tous se demandent pourquoi, ce soir-là, ces trois-là ont été arrêtés parmi la dizaine de candidats au départ… Les bâtons en leur possession étaient juste un moyen de défense potentiel contre les vrais mafieux. Car la détention des aires d’autoroute reste un enjeu de tous les instants pour la mafia. À St-Hillaire, la communauté migrante collabore même avec la gendarmerie quand elle tente de revenir s’y installer ! Nos bénévoles donnent la consigne aux migrants de revenir au camp en cas de souci ou de présence suspecte. Les gens que je connais sont non-violents. Reste que prétendre que les passeurs, présumés ou bien réels, sont à l’origine de la présence des migrants est une erreur et un mensonge qui ne résoudra rien. » •

PROPOS RECUEILLIS PAR A. DÉ.

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