Angres : dans un camp, sept Vietnamiens frappés par un groupe d’inconnus

La Voix du Nord – samedi 05.09.2009

Angres : dans un camp, sept Vietnamiens frappés par un groupe d’inconnus

Sept Vietnamiens vivant dans un camp de fortune au bord de l’A26 à Angres ont été agressés et frappés par une bande dans la nuit de jeudi à hier, vers 4 heures. Des coups de feu auraient même été tirés mais personne n’a été blessé par balle. Les policiers de la sûreté départementale de Lens enquêtent. Nous sommes allés voir ces Vietnamiens hier en fin de matinée.

C’est un chemin de terre en plein champ à Angres. Au bout, deux hommes sont assis sur des chaises de jardin blanches qu’on imagine récupérées. Elles sont placées sous une bâche tendue. Ils ne parlent ni l’anglais ni le français. On les salue et on continue notre chemin. On arrive au camp proprement dit, caché sous un fourré. Pas loin, en contrebas, passe l’A26.

« Mafia »
Les gens nous regardent sans agressivité mais ils sont visiblement surpris et sans doute aussi gênés que nous les voyions là. Deux jeunes femmes viennent à notre rencontre. Bientôt suivies par un homme. Une des Vietnamiennes comprend bien l’objet de notre visite. Elle parle de « Mafia » désigne les deux endroits d’où venaient selon elle les agresseurs. Pour elle, ils étaient vingt-huit. Elle trace à plusieurs reprises avec son doigt les chiffres sur notre bloc-notes. Toujours selon elle, les agresseurs étaient armés de 15 pistolets, 4 mitrailleuses et d’un grand couteau. Difficile à croire et impossible à vérifier.

Ce qui est sûr, c’est que sept Vietnamiens ont été blessés, transportés par les pompiers et hospitalisés à Liévin. Leurs jours ne sont pas en danger. Notre hôte explique que les deux groupes d’agresseurs ont hurlé « Poli ! Poli ! » (ils se sont fait passer pour la police ?), ont tiré deux ou trois coups de feu et frappé les sept victimes. Les coups de feu n’ont blessé personne.

L’autre Vietnamienne ramasse un bâton par terre et mime les gestes. Les agresseurs ont frappé sur le crâne, sur le tibia des victimes. Parmi ces victimes, un homme a eu le bras cassé, confirmait hier soir une source proche de l’enquête. Selon nos deux guides vietnamiennes, les hommes seraient venus dans trois ou quatre voitures. On ne sait évidemment pas ce qui a motivé cette expédition punitive. Les agresseurs sont décrits par les deux femmes comme appartenant à « la mafia russe » et « afghane ».

En parcourant les environs du camp, une de nos deux guides nous montre une trace de pas sur un champ. Elle lance : « Mafia. » Pour elle, c’est l’empreinte d’un des agresseurs. Puis elle met sa capuche sur la tête et avec ses doigts elle montre ses yeux. Ça, ça veut dire que les agresseurs étaient masqués. On demande si on peut entrer dans le camp. Oui, mais la condition c’est « no photo ». On accepte.

Plusieurs tentes faites soigneusement avec des bâches forment ce qu’on devine être les chambres. D’autres bâches protègent ce qui s’offre plus facilement au regard : le coin cuisine et le « réfectoire ». Des femmes épluchent des légumes, deux hommes coupent des morceaux de viande au centre du campement.

Les déchets sont déposés dans une poubelle. Une cuve en plastique d’un mètre cube contient de l’eau. La vaisselle propre est rangée dans un chariot. Les toilettes sont dans un fourré à une centaine de mètres du camp. Une pancarte indique leur direction.

Terrain de foot
Entre le camp et les commodités un terrain plat et herbeux où des mini buts ont été montés. Il s’agit bien d’un terrain de foot. Notre guide acquiesce par un large sourire. Une boîte en bois contenant des fruits, de l’encens et des fleurs se trouve à l’entrée du camp, fixée sur un tronc d’arbre.

Un objet de culte ? Et puis trois postes de guetteurs avec des chaises entourent le camp. On en montre un à notre guide. Elle confirme que ce sont les « look-look » (les « regarde-regarde »).

Selon le commissaire de Lens Daniel Lejeune, habituellement vivent là 40 à 50 Vietnamiens. Ils partent et viennent au gré de leurs tentatives pour gagner la Grande Bretagne. Hier, nous en avons croisé 25. Ils sont en situation irrégulière, mais selon une source proche de l’enquête, « personne ne sera placé en garde à vue ». Quand à l’agression, elle semble « confuse ». • SÉBASTIEN ROSELÉ

Source

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