Calais : opération douches et traitement anti-gale

A Calais, opération douches et traitement anti-gale pour les migrants des « jungles »

LE MONDE | 21.08.09

Calais (Pas-de-Calais), envoyée spéciale

Trois petites tentes et puis s’en vont ? Dressées sur un bout de pelouse, à côté du local de la permanence d’accès aux soins de santé (PASS) de l’hôpital de Calais, les tentes du SAMU départemental, où les migrants peuvent, depuis le 12 août, se doucher et recevoir un traitement anti-gale, devraient disparaître assez vite du paysage. Plus vite que le virus, disent les mauvaises langues… Le dispositif mis en place par la préfecture, quelques jours avant le lancement d’une campagne anti-gale à l’initiative de Médecins du monde (MDM), est censé ne pas être maintenu au-delà d’une dizaine de jours. Le temps, officiellement, d’enrayer l’épidémie.

« Au départ, il était prévu qu’on arrête vendredi 21 août « , confirme Thierry Storne, responsable départemental de la Protection civile, laquelle a mobilisé ses troupes – soit une douzaine de bénévoles – pour mener l’affaire à bien. Mais l’opération a été prolongée d’une semaine. Jusqu’à présent, les candidats à la douche ne sont qu’une cinquantaine par jour, en moyenne, – alors que la population des « jungles » (campements de migrants) de Calais et de ses faubourgs est évaluée à plus de mille personnes. Assis sur des bancs, une vingtaine d’hommes, jeunes Afghans pour l’essentiel, patientent, ce lundi 17 août, à l’entrée des tentes. L’après-midi ne fait que commencer : c’est à cette heure que les migrants, qui ont passé la nuit à guetter le camion-miracle pour la Grande-Bretagne, émergent du sommeil. Outre deux cabines de douche, le petit « camping sanitaire  » de la préfecture offre aux exilés sans-logis une visite médicale et, le cas échéant, le passage par la tente de décontamination et un traitement anti-gale. Ceux qui sont infectés sont facilement repérables : en ressortant des tentes, ils portent à la main un sac plastique noir contenant leurs vêtements sales, qu’ils sont censés « traiter  » eux-mêmes, en les aspergeant d’un spray désinfectant.

Pour le personnel médical de la PASS, l' »opération douches » de la préfecture a eu un effet positif immédiat. « Ah oui, ça me soulage ! On ne voit plus que les malades », résume drôlement l’infirmière, Céline Dallery. Durant des mois, ses seuls patients ont été des migrants souffrant, dans 90 % des cas, de gale surinfectée. Depuis quelques jours, ce sont les pathologies ordinaires des sans-logis qui réapparaissent : furoncles, abcès, maladies respiratoires, etc. L’ambiance du dispensaire, naguère survoltée (Le Monde du 27 juin), est désormais paisible. Les malades de la gale vont directement sous les tentes de la Protection civile. On n’en voit plus se bousculer, passant de force par la fenêtre, pour accéder à la seule et unique douche de la PASS.

A l’autre bout de la ville, rue Anatole-France, les deux bénévoles de la Protection civile s’ennuient. Le local du Secours catholique (et ses quatre douches) a été réquisitionné par la préfecture. Les « clients » ne se bousculent pas : trois candidats le 17 août, une quinzaine le 18. Une petite quarantaine le 20. Vérifications faites, il apparaît que le campement des Palestiniens et des Egyptiens, installé non loin de l’écluse Carnot, pas plus que le squat des Erythréens, situé à deux pas du quai de la Moselle, n’ont reçu la visite d’informateurs officiels leur annonçant l’ouverture des douches de la rue Anatole-France. « Ceux qui sont venus ont eu du mal : personne ne leur a indiqué où se trouve notre local », confirme, le délégué départemental du Secours catholique, Michaël Boude. Le mouvement n’en semble pas moins « amorcé », reconnaît-il.

Contrairement aux tentes de la PASS, aucun dispositif de décontamination n’a été prévu ici. Oubli ? Hormis des chaussettes, des slips et un carton de caleçons… pour les 14-16 ans, les bénévoles de la Protection civile n’ont pas grand-chose à offrir aux migrants. Or ces derniers, bouche-à-oreille aidant, sont de plus en plus nombreux à venir rue Anatole-France. « On ne leur donnera des sous-vêtements que s’ils le demandent, c’est la consigne », indique l’un des bénévoles. Et s’ils ont la gale ? Il ouvre des yeux perplexes.

Qualifiant l’initiative de la préfecture d' »opération coup-de-poing », les responsables associatifs – dont on devine qu’ils n’apprécient pas d’avoir été pris de vitesse – assurent que l’actuelle campagne anti-gale n’aura qu’une « portée limitée », si les pouvoirs publics n’installent pas des douches et des points d’eau « en nombre suffisant ». Sous couvert d’anonymat, un bénévole de la Protection civile regrette l’époque où « chaque ville avait ses bains publics », permettant aux démunis de « se garder propres ». Pour l’heure, les autorités ont d’autres priorités. D’ici à la fin de l’année, les mesures promises par le ministère de l’immigration et de l’identité nationale devront être appliquées : la destruction programmée des « jungles » du Calaisis devrait faire oublier assez vite cette drôle de « course à la douche  » entre préfecture et associations.

Catherine Simon

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par Association Terre d'Errance Posté dans Non classé

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