Athènes : des militants d’extrême droite « nettoient » les quartiers de clandestins afghans

LE MONDE | 27.07.09

Athènes : des militants d’extrême droite « nettoient » les quartiers de clandestins afghans

M. Berlusconi, il les renvoie bien, ses clandestins, pourquoi on ferait pas la même chose ? » Pour Haralambos Drakoulis, vendeur d’électroménager dans le centre populaire d’Athènes, trop c’est trop : la Grèce doit tarir l’afflux de migrants.

Dans son quartier d’Agion Pantéleïmon, des habitants appuyés par des militants d’extrême droite ont organisé la riposte. A coup de rondes musclées, et sans jamais être ennuyés par la police, ils ont fait fuir les Afghans qui depuis des mois campaient dans la rue ou chez des marchands de sommeil. La communauté, estimée à quelque 2 000 personnes, s’est repliée quelques rues plus loin.

« Nous rasons les murs. C’est si dur que des familles seraient prêtes à repartir pour l’Afghanistan. Mais même pour ça, on ne nous aide pas », se plaint Zahir Mahmadi, un ancien militaire demandeur d’asile, qui tente d’aider ses compatriotes. La Grèce, qui refuse toute régularisation à ceux arrivés après 2005, « ne nous donne pas de papiers. Même à 25 euros par jour il n’y a plus de travail sur les chantiers. Qu’ils nous laissent au moins continuer en Europe ! » s’indigne-t-il. Le gouvernement appelle les partenaires du Nord à « partager le fardeau » migratoire que la géographie fait peser sur le Sud.

CAMPS DE « RÉCEPTION »

S’il se satisfait de voir son quartier « nettoyé », M. Drakoulis n’approuve pas la méthode. « Ce n’est pas mon genre. Et puis à force de tabasser les gens, ils vont riposter », s’inquiète-t-il. Dans l’immédiat, les militants anarchistes et d’extrême gauche ont trouvé là une nouvelle cause. Quelque 2 000 d’entre eux ont manifesté à la mi-juillet pour tenter de reprendre la place, mais se sont heurtés à un cordon de néonazis, puis de policiers, et le face-à-face a dégénéré en échauffourées.

Depuis des années, le laisser-aller tient lieu depuis de politique migratoire. La tension monte aussi dans le quartier touristique du marché, au pied de l’Acropole. A l’approche de l’été, après la mobilisation des usagers contre la « ghettoïsation » de la zone et un raid de têtes rasées contre un squat de sans-papiers, la police est intervenue.

Les indésirables sont partis plus loin. Certains réussiront peut-être à gagner Calais, d’autres se retrouvent entassés dans des postes de police. Selon un récent rapport du Conseil de l’Europe, le risque de mauvais traitements y est « considérable ». Les autorités ne reconnaissent que des écarts isolés.

Aux élections européennes de juin, le petit parti d’extrême droite Laos a obtenu 7 % des voix. Le gouvernement conservateur a durci son arsenal. La durée de détention pour entrée clandestine est doublée à six mois, reconductibles jusqu’à un an. La peine maximale pour les passeurs est portée à 25 ans (cinq auparavant). Le ministère de l’intérieur a annoncé l’aménagement de camps dits « de réception » (immédiatement baptisés « de concentration » par les ONG de défense des immigrés), et l’organisation de renvois par avion.

« Il y a un malentendu sur la nature et l’ampleur du problème. L’image de hordes venues d’Asie pour prendre le pays d’assaut n’est pas juste », juge Anna Triantaphyllidou, chercheuse sur l’immigration à la Fondation grecque de politique étrangère Eliamep. Elle estime les dernières vagues d’arrivées clandestines depuis 2007 à 50 000 personnes, et les sans-papiers à quelque 300 000. Dans l’immédiat, les rares chiffres officiels attestent d’un tassement de l’immigration : 3 988 arrestations ont été recensées aux frontières maritimes pour le premier semestre, contre 15 315 en 2008 et 9 240 en 2007.

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