La France et la Grande-Bretagne affichent « une entente formidable »

LE MONDE | 07.07.09

La France et la Grande-Bretagne affichent « une entente formidable »

Christine Lagarde souhaitait immortaliser la scène. Mais la ministre de l’économie a égaré son sac, ce lundi 6 juillet 2009, obligée de faire affaire avec un photographe. Sur une pelouse fraîchement tondue et fleurie de l’Hôtel royal, un sublime palace sur les hauteurs d’Evian, Nicolas Sarkozy a accueilli Gordon Brown pour le 30e sommet franco-britannique.

En 2008, à Londres, M. Brown avait trouvé une formule pour qualifier les relations entre les deux pays : « Entente formidable. » Un an après, sur les hauteurs du lac Léman, le premier ministre britannique semblait en panne d’inspiration : il a évoqué « une entente formidable sous le soleil ». A l’avant-veille du G8 qui se tiendra à l’Aquila, en Italie, Gordon Brown et Nicolas Sarkozy, entourés de leurs ministres de l’économie, de l’immigration, des affaires étrangères, de l’écologie et de la défense, se sont efforcés d’afficher leur volonté commune de peser dans les prochains sommets internationaux pour obtenir des avancées en matière de fiscalité écologique, de lutte contre le réchauffement climatique et des mesures en faveur de la reprise de la croissance économique. Les deux hommes ont réaffirmé leur détermination à réguler le capitalisme et à réformer la gouvernance mondiale.

Beaucoup d’intentions, mais peu de décisions formelles, sinon l’annonce d’une contribution commune dans les jours prochains pour éviter la volatilité du prix du baril brut. Devant la presse, le couple franco-britannique ne s’est pas attardé sur ses dissensions. L’avenir de l’A400 M, l’avion de transport militaire ? « Il faut trouver une issue positive », a indiqué sans plus de précision M. Brown.

Le point le plus concret concerne le volet immigration. Les partenaires ont signé un « arrangement administratif ». Eric Besson a fini, non sans mal, par obtenir des Britanniques qu’ils prennent leur part, à juste hauteur, dans les efforts et investissements à consentir pour en finir avec cet abcès que constitue Calais, où affluent des migrants en quête d’un hypothétique eldorado en Grande-Bretagne.

Car le ministre français de l’immigration estime que la France n’a pas à assumer « l’essentiel des conséquences humaines et matérielles » du choix du Royaume-Uni de ne pas adhérer à la zone Schengen. Il considère que celui-ci doit prendre une part plus grande dans le contrôle de « sa frontière ».

Les discussions préalables à l' »arrangement administratif » conclu à Evian dans le prolongement de l’accord du Touquet qui avait été signé le 4 février 2003 à la suite de la fermeture de Sangatte, ont été « musclées », selon les termes de l’entourage d’Eric Besson. La France obtient des Britanniques qu’ils prennent en charge toutes les nouvelles dépenses d’investissement, de maintenance et de fonctionnement, des équipements permettant d’étanchéifier et de sécuriser la frontière.

Un tel « arrangement » ne pouvait néanmoins se faire sans mesures répressives fortes. Ainsi, les deux parties sont convenues d' »augmenter de manière significative le nombre de retours forcés d’étrangers en situation irrégulière et leur réintégration dans leurs pays d’origine ou de transit ».

C’était là un point clé pour les Britanniques. Les Français n’y ont rien vu à redire, eux-mêmes convaincus de la nécessité d’en passer par là, ne serait-ce que pour « envoyer un signal fort aux passeurs que la frontière ne peut plus être franchie ». Les deux parties sont convenues que ces retours forcés « seront mis en oeuvre lorsque les individus concernés ne demandent pas l’asile ou ne sont pas éligibles à l’asile sur le territoire respectif de la France et du Royaume-Uni où ils se trouvent, et lorsqu’ils refusent une offre de retour volontaire ». Aussi, ces retours seront conduits « en tenant compte de la situation dans les pays concernés ».

Restait l’engagement de la France d’éradiquer la « jungle » de Calais, que les Anglais auraient souhaité voir formellement daté et inscrit dans l’accord. Eric Besson s’en est tenu à sa promesse publique, faite le 23 mai, de « démanteler » et « faire disparaître » d’ici à la fin de l’année cette zone de terrain boisée, à la lisière de la ville et proche du port, où trouvent refuge entre six cents à huit cents migrants en attente de trouver un camion pour traverser la Manche.

Sophie Landrin, envoyée spéciale à Evian, et Laetitia Van Eeckhout

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