Plan secret de retours forcés

Nord Littoral – mardi 16.06.2009

Les autorités britanniques mettent en place un plan secret de retours forcés

Un million de livres, presque 1,18 million d’euros. C’est ce que coûte chaque charter affrété à destination de l’Afghanistan par les autorités britanniques.

Le plan secret a été révélé par le journal britannique Daily Express qui détaille la facture. La location de chaque avion coûte au contribuable britannique 1,24 million d’euros (21 000 euros par siège) auquel s’ajoutent près de 600 euros pour chacun des 50 Afghans reconduits. Les Britanniques espèrent pouvoir affréter une vingtaine de vols. Le montant total des frais s’élèverait ainsi à plus de 23,5 millions d’euros (20 millions de livres). D’où la volonté de faire baisser les coûts en co-affrétant l’avion avec des partenaires, comme la France.

Réunion à Calais il y a trois semaines
Selon les Britanniques, les négociations avec les autorités françaises sont pour le moins bien avancées. Le vol s’élancerait de l’aéroport Stansted de Londres et relierait Kaboul après une escale à Lille-Lesquin. La proposition, fort controversée – on se souvient des manifestations qui eurent lieu à Calais et les multiples prises de position un peu partout en France cet automne – a été examinée en secret par des fonctionnaires britanniques et français, à Calais, il y a trois semaines, selon le quotidien britannique. Ce plan révèle que les clandestins afghans seraient interpellés dans le Calaisis puis menés à Lille jusqu’au départ du charter. Une fois à Kaboul, les déportés percevraient chacun environ 600 euros pour « frais de réinstallation ».
L’opinion britannique n’est pas hostile aux charters. Bien au contraire. Elle regrette cependant le coût de ces retours forcés. Elle estime également que ce plan ne prévoit rien pour empêcher les déportés de tenter une nouvelle fois de revenir en Europe.
En octobre dernier un premier vol devait être co-affrété par les autorités françaises et britanniques. L’un des pays qui devait être survolé par l’avion n’avait cependant pas délivré d’autorisation de survol. Le charter avait donc été reporté. Cette fois, l’opinion publique française s’était élevée contre ce projet. La Cour européenne des droits de l’homme avait également sommé la France de surseoir au renvoi par charter d’immigrés afghans vers leur pays.

Calais, Lille puis Kaboul
Il y a quelques semaines nous révélions qu’un échange de compétences était engagé entre la France et la Grande-Bretagne, l’Hexagone bénéficiant d’un expert britannique en charge des retours forcés. La proposition a refait surface dernièrement. Un porte-parole de l’agence britannique des frontières confirme que les négociations sont en cours avec la France sans qu’elles soient toutefois finalisées : « Nous sommes en discussions sur la réalisation de vols communs pour l’Afghanistan avec nos homologues français. Ce plan sera déployé si et seulement si il se révèle économiquement rentable pour le contribuable britannique. » Les Anglais tiennent à s’associer aux Français. « Nous sommes en négociations et en discussions avec les Français pour nous assurer qu’il sera possible d’expulser les gens, ajoute Phil Woolas, ministre britannique de l’Immigration. Les Français arrêtent les clandestins, mais le problème est qu’ils sont parfois obligés de les remettre en liberté en raison de leur cadre légal. Il faut faire en sorte de créer la possibilité de renvoyer les clandestins dans leur pays après les avoir arrêtés. »
Des expulsions contraires à la convention européenne des droits de l’homme
Les Britanniques ont déjà mis en place des retours forcés et n’éprouvent aucun remord à renvoyer les Afghans chez eux. « Ce serait ridicule de dire que l’Afghanistan est stabilisé », reconnaît Phil Boyle, consul général de sa Majesté britannique, avant de nuancer : « Mais plusieurs régions sont suffisamment sécurisées pour qu’on puisse y renvoyer des Afghans. » La plupart restent cependant déclarées « non sûres » par le Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations unies.
Les expulsions collectives sont en outre contraires à la Convention européenne des droits de l’homme. La Grande-Bretagne s’en défend. Elle affirme que chaque expulsion est examinée au cas par cas. « Nous travaillons avec le gouvernement afghan et notre ambassade à Kaboul et nous nous assurons que les gens que nous renvoyons ne courent aucun danger. Nous prenons des mesures pour que ces personnes soient hébergées et essayons d’entrer en contact avec les familles », vante le consul général de sa Majesté britannique.

A.TH.

Le ministère français de l’Immigration n’a pas souhaité commenter ces informations.

Nord Littoral

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