Communiqué de l’association Terre d’Errance

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Communiqué de l’association Terre d’Errance

Chronique d’une erreur qui se répète

Norrent-Fontes le 2 juin 2009

Vendredi 29 mai, l’association Terre d’errance et Marc Boulnois, maire de Norrent-Fontes, rencontraient le sous-préfet de Béthune. Étaient également présents un représentant du service étrangers de la préfecture d’Arras et un représentant de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII, anciennement Anaem) parlant également pour l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Les acteurs de terrain – les bénévoles et le maire – espéraient que la volonté affichée par le gouvernement de voir disparaître les jungles supposait la recherche d’un règlement durable de la situation. Que cela annonçait la nécessaire remise à plat de la politique européenne d’asile et d’immigration. Dans l’attente de ces réformes indispensables, il paraissait logique d’attendre de l’État qu’il laisse aux autorités locales un minimum de latitude pour gérer et arranger la situation des chercheurs d’asile de passage sur le village.

À notre grande déception, le sous-préfet a présenté la disparition du camp comme un fait acquis, voire un simple prétexte à la réunion du jour, destinée à proposer une coopération entre les autorités, l’association et la municipalité pour « orienter » les migrants après la disparition du camp.

Les bénévoles de l’association devraient aller chercher les nouveaux arrivants dans les fossés pour leur expliquer, puisqu’ils ont la confiance des migrants, la seule alternative que leur offre l’État : partir ou demander l’asile.

Il serait obscène de proposer un retour en Érythrée, l’une des pires dictature actuelles, où les migrants seraient emprisonnés, torturés ou tués. La proposition de retour vers des pays limitrophes ou de transit (hors Europe évidemment, précise le sous-préfet) est tout aussi inacceptable, qu’il s’agisse de l’Éthiopie, en guerre avec l’Érythrée, du Soudan et de la Somalie, dont tout le monde connaît la situation, ou de la Libye que les migrants ont fui… L’agent de l’OFII a lui-même reconnu qu’on n’a jamais vu de ressortissant érythréen accepter ce type de proposition…

Leur proposer de déposer une demande d’asile en France, c’est d’abord oublier que la plupart des migrants ont des raisons légitimes d’aller en Angleterre, notamment retrouver leur famille. C’est aussi pour eux la quasi-certitude d’être automatiquement expulsés, en vertu de la convention Dublin 2, vers le pays par lequel ils sont entrés en Europe, l’Italie ou la Grèce – pays qui n’offrent aucun accueil aux réfugiés, et leur promettent des conditions de vie bafouant toute dignité, dans un climat de xénophobie galopante et comme encouragée par les politiques gouvernementales.

Inutile de dire que les migrants resteront dans les champs, reconstruiront inlassablement des abris et continueront à tenter le passage vers l’Angleterre.

Prétendre que la solution est la destruction des camps est une illusion. La présence continue des migrants, malgré la fermeture de Sangatte, les destructions répétées des jungles – de celles du camp de Norrent-Fontes durant l’hiver 2007-2008 à celle, toute récente, du camp de Saint-Omer –, est la preuve de l’échec de ces politiques répressives autistes.

Loin de permettre de lutter contre les passeurs, la destruction des camps ne fait que nourrir les trafics humains par l’extrême précarisation qu’elle provoque. Elle plonge tous les acteurs de cette question (Police aux frontières, gendarmerie, bénévoles, avocats, personnel pénitentiaire et migrants) dans un cercle vicieux, car le bon sens indique que tant qu’il y aura des gens en errance, il y aura des camps et des passeurs, et non l’inverse…

Terre d’errance s’inquiète des futures conditions de vie des migrants, et des futures chasses à l’homme que les autorités seront obligées de mettre en œuvre pour éviter les inévitables reconstructions de camp d’infortune.

Face à la détresse qui en résultera, Terre d’errance poursuivra son action auprès des migrants tant qu’ils ne seront pas traités dignement et auront besoin d’une aide humanitaire. L’association poursuivra le travail de sensibilisation au droit en général, au droit d’asile en France et en Europe, comme elle l’a toujours fait. Elle continuera également à alerter les citoyens français et européens de cette situation inacceptable.

Terre d’errance demande, en accord avec l’ensemble des acteurs de terrain – bénévoles, conseil municipal, migrants –, que le préfet use de son pouvoir discrétionnaire pour suspendre temporairement la convention de Dublin 2. L’Angleterre elle-même a cessé de renvoyer les Érythréens en Italie depuis plus de 6 mois.

Terre d’errance rappelle la nécessité de défendre le droit à l’asile en Europe, qui semble peu à peu être vidé de son sens. Elle s’inquiète de voir l’Europe se défausser de son devoir de protection sur des États incapables de gérer dignement les populations sans refuge comme – exemples parmi d’autres – la Libye, le Maroc, la Turquie, la Mauritanie…

Terre d’errance appelle à l’abrogation de la convention de Dublin 2 et des accords franco-anglais en matière de gestion de frontières, pour poser les bases d’un asile européen, fondé sur les vœux émis par les demandeurs eux-mêmes.

Terre d’errance soutient les 19 recommandations élaborées par la Coordination française pour le droit d’asile (Cfda) dans son rapport La loi des jungles, qui constituent un programme cohérent de réponses aux questions que pose le droit d’asile en Europe.

Terre d’errance adjure l’État de renoncer à son autisme, d’écouter les acteurs et les spécialistes de la question et de bien vouloir œuvrer effectivement pour le respect des droits fondamentaux dus à tout être humain.

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