Norrent-Fontes : Le camp disparaîtra, mais les migrants ?

La Voix du Nord – dimanche 31.05.2009

Le camp disparaîtra, mais les migrants ?

Les services de l’État ont l’intention de faire disparaître le camp de migrants, le sous-préfet l’a annoncé hier à Terre d’errance. Une décision qui n’émeut guère la vingtaine d’Érythréens présents.

Il y a un mois, Éric Besson, ministre de l’Immigration, annonçait le démantèlement des « jungles ». Vendredi soir, le sous-préfet rencontrait les bénévoles de Terre d’errance pour discuter de « la disparition » du camp de Norrent-Fontes et leur demander de coopérer. Hier, Lily Boillet, présidente de l’association, a informé les Érythréens des propositions de l’État. Elles se résument à une alternative : le retour volontaire dans leur pays ou un pays tiers (non européen et signataire d’un accord bilatéral, comme la Libye), ou la demande d’asile. « Des non solutions » pour Lily Boillet. « Au camp, ça a fait rire. Pour eux, c’est « un rêve de minuit », inenvisageable. Tous aimeraient rentrer, mais rester vivants ». Or l’Érythrée est une dictature militaire, en guerre. Soldat dans son pays, c’est cette guerre que Malik, 22 ans, a fuie. Il est sur les routes depuis un an. Soudan, Italie, Norrent-Fontes depuis une semaine. Il vise l’Angleterre, comme les 25 autres sans-papiers du camp. Parce qu’il a un oncle qui y vit depuis quinze ans et pour la langue.

« La France est un joli pays, mais je ne parle pas français, anglais si, ça facilite l’intégration. » Tous les soirs, il essaye de s’enfuir. Si le camp est détruit, il ne sait pas. Aucun ne sait. « C’est Dieu qui décidera », lance-t-il en désignant le ciel. « Certains seraient d’accord pour déposer une demande d’asile en France, mais s’ils peuvent vivre dans des conditions décentes », poursuit Lily Boillet. Être logés, comme c’est le cas en Angleterre, et non rester dans des camps comme en France.

De toute façon, pour la plupart des Érythréens du camp, faire une demande d’asile en France ne sera pas possible. La réglementation européenne les oblige à effectuer leur requête dans le premier pays où leurs empreintes ont été enregistrées. L’Italie ou la Grèce, où ils ne sont pas bienvenus. « Ils peuvent les renvoyer, ils reviendront. » Pour retenter de rejoindre les leurs en Angleterre. Les habitants de Norrent-Fontes en ont conscience. D’autres « jungles » apparaîtront. Et, tant qu’il y aura des sans-papiers sur le bord des routes, les bénévoles de Terre d’errance leur fourniront bâches, vêtements, nourriture.

CÉCILE RUBICHON

Source

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