Italie : Asile en péril

LE MONDE | 15.05.09

Asile en péril

La nouvelle « amitié » entre la Libye et l’Italie, son ancien colonisateur, a un prix : 500 migrants africains et asiatiques viennent de le payer. Stoppés dans leur traversée de la Méditerranée, ils ont été refoulés par les autorités italiennes vers Tripoli sans que leur situation au regard du droit d’asile ait été examinée. Pour la première fois, la Libye du colonel Kadhafi a accepté de réadmettre sur son territoire des migrants livrés par l’Italie.

Or Tripoli n’est pas signataire de la convention des Nations unies sur les réfugiés et a souvent été mis en cause pour de mauvais traitements infligés à des Subsahariens. Cette première « livraison » de migrants concrétise l' »accord d’amitié » signé en 2008 par Silvio Berlusconi et Mouammar Kadhafi. En échange d’une collaboration contre l’immigration clandestine, l’Italie s’est engagée à investir 5 milliards de dollars en Libye.

Ce marchandage sur le dos de migrants risquant leur vie pour fuir la misère ou l’oppression n’honore pas l’Italie, qui bafoue ainsi un droit fondamental reconnu internationalement depuis la seconde guerre mondiale : celui de donner asile et d’assurer la protection de tout être humain craignant des persécutions. Mais il fait aussi honte à l’Union européenne, qui est restée quasiment silencieuse.

La pression migratoire qui s’exerce sur l’Italie comme sur l’Espagne, pays géographiquement en première ligne, est considérable. Le nombre d’arrivées sur l’île italienne de Lampedusa a augmenté de 75 % entre 2007 et 2008. Pareil défi suppose une réponse concertée et un partage de la responsabilité d’accueillir, d’intégrer ou éventuellement de reconduire à la frontière les étrangers qui frappent à la porte de l’Union au péril de leur vie.

Le « Pacte européen sur l’immigration et l’asile » – que la France s’est enorgueillie d’avoir fait adopter à l’automne 2008 sous sa présidence – prévoit de « bâtir une Europe de l’asile ». Une promesse restée vaine jusqu’à présent faute de volonté politique, et que la crise économique risque de retarder encore. Dans ce contexte, la tentation est grande de sous-traiter aux pays situés à la périphérie de l’Union – comme la Libye ou le Maroc – la police des migrations en échange d’avantages économiques. C’est une pente dangereuse et déshonorante, sur laquelle l’UE est déjà largement engagée. Elle conduit à fermer les yeux sur les atteintes aux droits des étrangers commis dans ces pays et, au nom de la protection des frontières européennes, à bafouer des principes sur lesquels s’est pourtant construite l’Union européenne elle-même.

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par Association Terre d'Errance Posté dans Non classé

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