Jennifer Chary, coupable d’aimer un sans-papiers

LEMONDE.FR | 07.05.09

Jennifer Chary, coupable d’aimer un sans-papiers

Jennifer Chary plaidera coupable, mais elle est « abasourdie ». Convoquée lundi 11 mai devant le tribunal correctionnel de Dijon pour « aide au séjour irrégulier », la jeune femme de 23 ans encourt cinq ans de prison et 30 000 euros d’amende. « Je ne savais pas qu’on pouvait être condamnée pour avoir hébergé son futur mari », dit-elle. M’hamed Naïm, Marocain de 24 ans sans-papiers, a été expulsé neuf jours avant la cérémonie.

Elle l’a rencontré pour la première fois au début de l’été 2008. « A l’époque, je travaillais comme barmaid dans une boîte de nuit de Dijon. Il était venu voir un ami. On s’est plu tout de suite », se souvient-elle. Deux mois plus tard, le couple s’installe dans le petit appartement loué par la jeune fille à Dijon. « Nous menions une vie normale. On sortait le soir, on allait boire des cafés. M’hamed et moi partagions tout : les courses, la garde de ma fille, nos amis », se rappelle-t-elle.

Au début de leur relation, Jennifer ignore que son compagnon vit sans papiers. Un soir, un peu gêné, il lui explique qu’il est en situation irrégulière. Mais, « étrangement, dit-elle, c’est une scène qui ne m’a pas marquée. M’hamed savait que j’étais amoureuse de lui. Pour moi, ça n’a rien changé. » Le seul ennui, c’est qu’il ne peut pas travailler. « On se débrouillait avec mon salaire. Lui gagnait quelques sous en dépannant des amis. »

« ON N’AVAIT RIEN À CACHER »

En février 2009, le couple dépose un dossier de mariage à la mairie de Dijon. « On en avait parlé tous les deux, ça nous paraissait aller de soi ». Pour la jeune fille, il n’a « jamais été question de mariage blanc ».

Le 2 mars, Jennifer et M’hamed sont convoqués pour un « entretien préalable ». Interrogés séparément, ils doivent faire face aux mêmes questions insistantes : « Depuis quand vous fréquentez-vous ? Connaissez vous vos familles respectives ? Leurs prénoms ? Vous savez à quoi vous vous engagez ? ». « On n’avait rien à cacher », explique Jennifer. On était confiants. » La date du mariage est fixée au 11 avril.

Mais c’était sans compter sur le zèle de la préfecture. Quelques jours plus tard, le couple est appelé à l’hôtel de police. « Un employé de mairie a dû les prévenir du statut de M’hamed », pense la jeune femme, qui se rend seule au rendez-vous. Son compagnon « ne pouvait pas venir. Ça a mis en colère les policiers », explique Jennifer qui ne se souvient que de leur « acharnement » à lui « demander des preuves de son amour ».

Libérée au bout de quatre heures « avec la convocation au tribunal », elle retrouve son compagnon. Deux jours plus tard, « les policiers l’ont arrêté et expédié au centre de rétention de Lyon ». Le 2 avril, le jeune homme est expulsé vers le Maroc.

Aujourd’hui, Jennifer sait qu’elle se trouve dans une situation « catastrophique », mais elle refuse de baisser les bras. Habituée « à la galère », elle s’est rendue au Maroc le mois dernier et compte bien y retourner en juin. En l’attendant, M’hamed « passe son permis poids lourd ». Il espère trouver un emploi en France et « nous pensons nous marier au Maroc », dit Jennifer.

Elise Barthet

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par Association Terre d'Errance Posté dans Non classé

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