A Paris, un jardin public devenu dortoir pour exilés afghans

AFP 05.04.09 | 15h12

 A Paris, un jardin public devenu dortoir pour exilés afghans

Ala nuit tombée, Bachar, 15 ans, avec des dizaines d’autres Afghans escalade les murs et les grilles du Square Villemin. En plein centre de Paris, ce jardin public est devenu, chaque nuit, l’ultime refuge pour des dizaines d’exilés, parfois encore enfants.

Sous les toboggans, entre les jeux d’enfants, Bachar, Hassan, Amid, Sakhi, Rohollah et les autres forment des abris de fortune, avec de simples cartons pour résister à une humidité glaciale malgré l’arrivée du printemps. Les chaussures restent dehors.

Pendant que certains s’emmitouflent dans leur sac de couchage sous un ancien kiosque à musique, d’autres conjurent le froid en jouant au foot, sous les fenêtres d’habitants de plus en plus mécontents.

Dimanche, un Afghan est mort et un autre a été blessé lors d’une bagarre dans le square, devenu point de rassemblement pour plus de 300 d’entre eux.

Après la fermeture en 2002 du centre de demandeurs d’asile de Sangatte (nord), des migrants somaliens, kurdes, irakiens, ou encore afghans, toujours plus nombreux, se sont éparpillés en France dans des conditions très précaires.

Ils arrivent épuisés, les poches vides, après avoir dépensé jusqu’à 15.000 euros en passeurs pour traverser l’Iran, la Turquie, la Grèce et l’Italie et avoir subi humiliations et brutalités policières.

« On n’est pas des mendiants. On est parti parce qu’on ne voulait pas mourir, parce qu’il n’y a pas d’avenir en Afghanistan », s’emporte Bachar, dont les parents, frères et soeurs ont été tués quand il avait huit ans. Son oncle a vendu son magasin pour lui permettre de « fuir et survivre ».

« On m’avait vanté la France des droits de l’Homme mais regardez ! Vous faites la guerre chez nous et ici, vous ne nous traitez même pas comme des êtres humains », renchérit Hassan.

« Ils sont de plus en plus nombreux et de plus en plus jeunes », constate Dominique Bordin, directeur de la protection des mineurs isolés de l’organisation France Terre d’Asile (FTDA) qui a répertorié 683 mineurs étrangers isolés en 2008 à Paris, contre 480 en 2007.

Au point qu’il n’est plus possible d’abriter les dizaines de mineurs qui, chaque soir, se pressent sur une place non loin de là, dans l’espoir d’être hébergés.

« Je ne peux en prendre que 28 », regrette Dominique Bordin, entouré de gamins dont certains n’ont que 12 ans. « On a demandé des places supplémentaires mais on nous a dit clairement: pas de nouveau Sangatte à Paris », dit-il. Ce soir-là, à la demande des jeunes, la dernière place est tirée au sort.

Le lendemain matin, ils seront plus de 300 à se succéder, par petits groupes, dans le local d’une association qui leur assure un petit-déjeuner.

Nombreux sont ceux qui vont rester des mois voire des années « dans les couloirs de l’asile », soumis notamment à « des tests osseux » pour prouver qu’ils sont mineurs, explique Laura Brav, de l’antenne psychologique ouverte par Médecin Sans Frontières près du square.

Ils reprendront la route pour le Danemark, la Norvège ou la Suède, mais visent de moins en moins l’Angleterre, devenue difficilement accessible.

« On nie le problème. Mais on ne peut pas à la fois faire la guerre en Afghanistan et ne pas en payer les conséquences migratoires », s’insurge Pierre Henry, directeur général de France Terre d’Asile.

Pour lui, « ces migrations ne cesseront pas avant longtemps » et l’Europe, la France se doivent de respecter les droits de l’Homme et les « conventions qu’elles brandissent bien souvent à la face du monde, sous peine d’être considérées comme des faussaires ».

Selon le Haut commissariat aux réfugiés, le nombre de demandeurs d’asile afghans dans les pays industrialisés a explosé en 2008 avec une hausse de 85% contre 12% en moyenne pour l’ensemble des migrants.

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