Norrent-Fontes : Deux semaines après l’altercation entre policiers et migrants

La Voix du Nord – mercredi 01.04.2009

Deux semaines après l’altercation entre policiers et migrants, des questions toujours sans réponse

Dans la nuit du 18 au 19 mars, plusieurs migrants étaient blessés lors d’un affrontement avec les forces de l’ordre, entre l’A26 et le camp de Norrent-Fontes. Les récents propos du préfet défendant la version des policiers ont fait bondir l’association Terre d’errance, qui continue d’évoquer une bavure.

« Depuis quelques semaines, des migrants n’hésitent plus à agresser des chauffeurs routiers, parfois même des policiers, comme cela a été le cas à Norrent-Fontes », déclarait jeudi dernier le préfet Pierre de Bousquet lors de sa visite à Calais (notre édition du 28 mars). Il n’en fallait pas plus pour raviver la polémique.

Depuis deux semaines, deux versions divergent sur les faits qui se sont déroulés dans la nuit du 18 au 19 mars, aux abords de l’aire de repos de Saint-Hilaire-Cottes. La Police aux frontières affirme avoir riposté en situation de légitime défense, suite à l’attaque d’une quinzaine de migrants et de passeurs. Les Érythréens, de leur côté, se considèrent comme les victimes d’une bavure. Une version que défendent fermement les bénévoles de Terre d’errance, qui interviennent quotidiennement sur le camp de Norrent-Fontes. D’après les témoignages recueillis par l’association, les migrants se seraient effectivement approchés du véhicule avec des bâtons, croyant avoir affaire à la mafia des passeurs. « Les policiers ont-ils pris peur ?
Toujours est-il qu’ils sont sortis de leur voiture et ont pourchassé avec leurs chiens les migrants qui tentaient de s’échapper. Ils les ont rattrapés à l’extérieur du parking et se sont alors livrés sur eux à des actes inacceptables », affirme l’association dans un communiqué, parlant de « passages à tabac », de « gaz lacrymogènes à bout portant » et de « lâcher de chiens », le tout « pendant une très longue demi-heure ».

Le lendemain, avec l’aide de médecins et des pompiers, l’association a pris en charge quatre clandestins blessés, dont deux assez sévèrement. « Ils étaient bien amochés, témoigne Gaëtan, infirmier bénévole. L’un avait les côtes cassées et l’autre un énorme oeil au beurre noir, avec du sang qui sortait de l’oreille et des mots de tête. On a craint le traumatisme crânien. » Ironie du sort, ces deux migrants auraient reçu plusieurs jours… d’interruption temporaire de travail.

Deux semaines plus tard, l’association soulève des questions restées sans réponse. Pourquoi tant de blessures ? Pourquoi aucune interpellation n’a-t-elle eu lieu sur place ? Contactée par téléphone hier, la préfecture n’a pas répondu à nos sollicitations.

De leur côté, les migrants concernés n’ont pas porté plainte. « Par peur, affirme Nan Suel, bénévole. Il ne faut pas oublier qu’ils viennent d’un pays où règne une dictature militaire. » Marc Boulnois, maire de Norrent-Fontes, penche lui aussi pour la version de Terre d’errance. Il avait d’ailleurs demandé l’ouverture d’une enquête administrative. Sans réponse pour le moment. Nul doute qu’il évoquera le sujet avec le sous-préfet, qu’il doit recevoir cet après-midi à la mairie. •

SYLVAIN DELAGE

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