De la clandestinité au rêve anglais

De la clandestinité au rêve anglais

La Voix du Nord – jeudi 12.02.2009 – PAR OLIVIER TARTART

Faradh, son épouse Bahan et le petit Saffir, heureux de partager leur repas avec la famille Lefèvre dans leur appartement anglais. PHOTO JEAN-CHARLES BAYON

Émouvantes retrouvailles, samedi, à Birmingham. Faradh Maruj, Irakien kurde de 28 ans, et sa famille, ont accueilli leurs amis grand-synthois, Pascal et Véronique Lefèvre et leurs enfants. Pour les remercier, maintenant qu’ils résident en Angleterre, de leur aide offerte quand ils pataugeaient dans la boue de la « jungle » de Grande-Synthe. La « belle histoire » connaîtra-t-elle une fin heureuse ?

Les larmes ont, sans surprise, coulé samedi midi à Birmingham. Quand Faradh Maruj lui a ouvert la porte du HLM où il réside désormais avec sa famille, Véronique Lefèvre n’a pu contenir son émotion en découvrant un jeune homme de 28 ans en bonne santé, coquettement vêtu, rasé de près.
Rien à voir avec le Faradh que la Grand-Synthoise avait rencontré en septembre, dans la « jungle », dans une tente de fortune avec Bahan, son épouse (24 ans), et leurs deux fils, Farangh (8 ans) et Saffir (3 ans). Ni avec celui qui vivait jusqu’à l’été dernier à Kirkouk, ville située à 250 km au nord de Bagdad, riche de son or noir, meurtrie par ses conflits entre communautés kurde, turkmène et arabe. Faradh motive son départ d’Irak avec quelques mots d’anglais et force gestes. « J’étais grossiste en alcool. Un jour, les « talibans », les intégristes sont venus. Ils voulaient que je ferme le magasin. J’ai dit : « Non ». Ils ont mis le couteau sous la gorge de Farangh. Ils l’ont kidnappé. J’ai payé une rançon. Ensuite, ils ont mis le feu et jeté une bombe dans le magasin. » Un attentat dont Farangh garde des séquelles : cheville zébrée de cicatrices après avoir reçu des éclats de bombe. « Des membres de ma famille, des amis ont été tués. Il fallait partir. » Fin juin, une fois ses biens vendus (maison, voitures, etc.), la « Faradh family » part en exil. Direction l’eldorado anglais où Faradh a ouvert un compte bancaire, gardant sur lui une réserve de dollars. Road movie sur les routes d’Europe. Turquie, Grèce, Italie et France traversées à pied et en camion. Destination finale : Grande-Synthe et ses bosquets le long d’une A16 qui mène à la porte d’entrée vers l’Angleterre.
Calais. Dont Faradh revient parfois à pied, avec femme et enfants, après une tentative ratée. Payée, à chaque fois, 800 dollars, tarif familial.

Seront-ils régularisés ?

Fin août, lors de la chorba pour tous, une manifestation qui, chaque année, à Grande-Synthe, offre une soupe lors du mois de ramadan, la « Faradh family » rencontre Pascal et Véronique Lefèvre. Et découvre ces Grand-Synthois engagés associativement, leurs enfants, Quentin et Morgane, leurs sept chats et deux chiens. Leur grand coeur surtout. Durant deux mois, les Lefèvre aident ces migrants en leur apportant à manger. En leur ouvrant la porte de leur maison et de leur salle de bains le temps d’une douche. « Ne pas le faire, c’était pour nous de la non-assistance à personne en danger, argumente Pascal. Ils pataugeaient dans la boue. On n’a jamais eu peur. » En novembre, Faradh, Bahan, Farangh et Saffir parviennent à rejoindre l’Angleterre. La chance était avec eux puisque le camion hollandais dans lequel ils étaient montés est contrôlé… « J’ai dit : « Family ». Et le douanier a refermé la porte », narre Faradh.
Une fois la demande d’asile effectuée auprès de la police à Londres, leur errance prend fin. Le 23 décembre, les voilà à Birmingham, avec un logement et une allocation hebdomadaire de 170 livres (moins de 200 E). Faradh attend une régularisation et un passeport. « On est venu ici car on peut y obtenir des papiers, assure Faradh. C’est un peu moins facile avec Brown qu’avec Blair. » Son ami Safiin, présent samedi, le sait bien : résidant depuis dix ans en Angleterre, avec ses fils, il est toujours demandeur d’asile. Cette belle histoire d’amitié connaîtra-t-elle une fin heureuse ?

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par Association Terre d'Errance Posté dans Non classé

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