Thailande : L’Asie des nouveaux boat people

Thailande : L’Asie des nouveaux boat people
Par Stéphane Lagarde et Marie Naudascher avec AFP et Reuters
Article publié le 20/01/2009 
 
Chaque année, des milliers de Bangladais et de Birmans Rohingyas fuient la pauvreté et l’oppression pour embarquer en direction de l’Inde, de l’Indonésie et plus souvent de la Malaisie via la Thaïlande. Selon plusieurs ONG, des milliers d’entre eux ont atteint en décembre les côtes de la Thaïlande, avant d’être renvoyés en mer par l’armée thaïlandaise à bord d’embarcations sans moteur, livrés à eux-mêmes.
Un groupe de réfugiés gardé par l’armée thaïlandaise, sur l’île thaïlandaise de Koh Sai Baed (photo prise fin 2008). Près de 650 migrants, principalement des Rohingyas, venus de l’ouest de la Birmanie, ont été secourus ce week-end.
(Photo : Reuters)
Les drames de l’immigration clandestine ne se limitent pas aux seules côtes européennes ou au désert américain. La mer est haute en Méditerranée pour les réfugiés, elle l’est également au large de l’Inde et de l’Indonésie. C’est là qu’ont été secourus près de 650 migrants ce week-end pour la plupart des Rohinghas venus de l’ouest de la Birmanie. Depuis lundi, leurs témoignages se suivent et se ressemblent. Les survivants racontent qu’ils rêvaient de gagner la Malaisie musulmane pour en finir avec les discriminations subies dans leur propre pays. Mais leur chemin s’est arrêté en Thaïlande où les fusils et les bâtons de l’armée thaïlandaise les auraient repoussés illico dans leurs canoës de fortune. Cette version a été d’ailleurs en partie contestée par le Premier ministre à Bangkok : « Je n’arrive pas à croire a affirmé Abhisit Vejjajiva que des officiers aient pu faire une chose pareille car le peuple thaïlandais sait faire preuve de générosité et de bonté. » 

Rohingyas « apatrides »

L’histoire n’est pourtant pas nouvelle. L’agence des Nations Unies réclame ce mardi un accès aux prisons du sud de la Thaïlande où seraient encore détenus 126 boat people venus par bateau de Birmanie. Des faits qui se sont déjà produits à plusieurs reprises dans le passé et souvent selon le même scénario. Ces migrants appartiennent à l’ethnie musulmane des Rohingyas. Officiellement, 26 000 d’entre eux vivent au Bangladesh, hébergés dans deux camps supervisés par l’UNHCR. Mais la grosse majorité réside en Birmanie où 725 000 membres de la communauté sont encore confinés par les militaires birmans, dans l’Etat d’Arakan tout près de la frontière bangladaise. Tous ne pensent qu’à une chose : quitter un pays où ils sont soumis au travail forcé, aux confiscations territoriales et à des autorisations spéciales pour les mariages. Car depuis la loi de 1982, les Rohingas sont considérés comme apatrides en Birmanie.

Pour les autorités à Rangoon, seuls sont reconnus comme Birmans, les groupes ethniques installés dans le pays avant la colonisation britannique en 1823. Ce n’est pas le cas des Rohingyas dépourvus de nation et du même coup de protection juridique. Ce qui n’empêche pas certains d’entre eux de prendre des risquent insensés pour échapper à la misère. En novembre 2007, un chalutier et deux ferries ont coulé dans la baie du Bengale avec à leur bord 240 clandestins dont 160 ont péri noyés. Le 2 mars 2008, c’était au tour de la marine sri-lankaise de recueillir 71 rescapés, après une errance de 22 jours dans l’océan Indien à bord d’un navire en panne de moteur. Au total, 8 000 de ces nouveaux boat people ont tenté ce voyage périlleux entre octobre 2006 et mars 2008 affirme ainsi le Projet Arkan, une ONG basée en Thaïlande.

 Transit en Thaïlande
Si ces flux migratoires ne sont pas nouveaux, on observe une nette augmentation de la cadence des départs. Il y a eu d’abord le Bangladesh voisin avec deux vagues d’exode de près de 30 000 personnes en 1978 puis en 1991. Suite aux attentats terroristes perpétrés par des extrémistes islamistes en 2005, Dacca a depuis resserré la vis. Même chose pour l’Arabie Saoudite. Terre de pèlerinage pour les musulmans, le pays est aujourd’hui réticent à délivrer des visas aux Birmans. Quant à la Malaisie, Kuala Lumpur a délivré des permis de travail ou de résidence aux Rohingyas dès 2006, mais suite à des fraudes, les frontières se sont refermées. Le bouche-à-oreille lui n’a pas cessé et les migrants affluent toujours spécialement en cette saison.

 La Malaisie est vue comme un paradis économique par les migrants qui pensent y trouver facilement des autorisations de travail. Les passeurs font donc tout leur possible pour vendre des passages avant que les conditions de navigations ne deviennent plus délicates après février. Deux formules sont généralement proposées aux candidats malheureux : 300 dollars pour un aller simple jusqu’aux côtes sud de la Thaïlande ou environ 1000 dollars pour être accompagnés jusqu’en Malaisie via la frontière thaïlandaise. Difficile en effet d’éviter les bateaux des garde-côtes malaisiens, d’où ce transit par la Thaïlande et l’embarras de Bangkok. Au printemps dernier, l’ancien Premier ministre thaïlandais envisageait même de détenir ces boat people sur une île déserte afin de « stopper cet afflux. »

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