Lettre ouverte d’Étienne Pinte à Brice Hortefeux

Lettre ouverte d’Etienne Pinte

à Brice Hortefeux, ministre de l’immigration

 

  Le 8 janvier 2009

Source : Etienne Pinte

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 L’APRES-SANGATTE, SCANDALE HUMANITAIRE BRITANNIQUE

 

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Fallait-il supprimer – il y aura bientôt six ans dans quelques jours – le centre d’accueil de Sangatte ?

 L’objectif de ce démantèlement avait pour but de détruire les filières de « passeurs » mafieux et de tarir « l’appel  d’air » que constituait ce site. L’objectif a-t-il été atteint ? Non, malheureusement. Si Sangatte n’existe plus, le problème reste entier. Les filières fonctionnent toujours et des centaines de migrants errent le long de nos côtes avec l’espoir de gagner la Grande-Bretagne, « eldorado » supposé pour ces milliers d’hommes, de femmes, d’adolescents et d’enfants en transit dans notre pays. Ils seraient ainsi 1.500 à vouloir rejoindre la Grande-Bretagne après, pour la plupart d’entre eux, des mois, voire des années, d’un douloureux périple.

 Ils viennent à peu près de toutes les nations de l’ancien empire colonial britannique : Irakiens, Afghans, Nigérians, Iraniens, Pakistanais, Soudanais, Erythréens, Somaliens, Sri-Lankais, etc. Ils ne souhaitent pas rester en France. Ils ont une histoire commune avec les Britanniques. La plupart d’entre eux sont anglophones. Ils ont souvent une partie de leur famille en Grande-Bretagne qui y a émigré à une époque où être originaire du Commonwealth était un titre de séjour privilégié.

 Pourquoi les Britanniques les rejettent-ils alors que dans le même temps, ils ont accueilli par milliers des citoyens d’Europe centrale et, en particulier des Polonais ? Pourquoi les Britanniques nous imposent de les retenir sur notre territoire dans une grande misère ? Pourquoi les Britanniques, au mépris des lois internationales et, en particulier, des directives du Haut Commissariat pour les Réfugiés des Nations-Unies, organisent-ils des charters expulsant de force des immigrés vers des pays en guerre tel l’Afghanistan ?

 Six ans, ça suffit ! La France, pays des Droits de l’Homme et du Citoyen, ne peut tolérer plus longtemps cette situation. Cela n’a que trop duré. Les élus locaux, les associations d’aide aux migrants et les paroisses n’en peuvent plus de soutenir matériellement et moralement ces émigrés en quête de survie et pourquoi pas d’un peu de bonheur pour eux et pour leur famille. Bien que remarquables d’humanité, les bénévoles ne peuvent pallier l’absence de l’Etat. Est-ce aux élus locaux de trouver des solutions à un problème dont l’ampleur les dépasse et relève de la compétence de l’Etat ? La ville de Calais, déjà confrontée à de graves difficultés économiques, les communes de Steenvoorde, de Norrent-Fontes et bien d’autres encore en ont assez, avec le risque de crispation de certains de leurs habitants, de pallier l’absence de l’Etat dont c’est un devoir régalien que de s’occuper de ces populations en grande détresse. Les autorités préfectorales ne peuvent pas se réfugier hypocritement derrière les concepts « d’appel d’air » et de « passeurs » puisque ceux-ci sont toujours présents dans ces départements à trente encablures de la Grande-Bretagne.

 C’est à la Grande-Bretagne de trouver une solution digne et humaine à un problème qui la concerne elle seule. Il s’agirait, avec le concours des autorités françaises, d’apporter des réponses concrètes et très rapides à ces situations intolérables.

 Et puisque notre Ministre de l’Immigration semble entretenir des relations amicales avec l’Ambassadeur britannique à Paris, je lui suggère de l’emmener dans les squats et la « jungle » afghane à Calais et dans les fossés communaux, entre deux champs, comme à Norrent-Fontes. Ils seraient ainsi confrontés à des conditions de vie indignes de notre pays. « Indignes » est un euphémisme eu égard à la survie des migrants sous des bâches, dans la boue, avec une hygiène minimale, sans compter avec le froid et la pluie. Nous en avons assez de la politique migratoire « hors la loi » des Britanniques. Nous en avons assez d’enterrer des migrants souvent sans nom, « immigrant inconnu », qui ont rêvé de la « Terre promise » britannique comme les Juifs ont rêvé de Jérusalem.

 Alors, je reprends les propositions pleines de bon sens et d’humanité du Président de la République, vendredi 28 novembre dernier, en déplacement à Meaux, au sujet des « sans domicile fixe », autre catégorie de population pauvre et, par définition, sans abri. Nicolas SARKOZY a souhaité une solution médiane qui concilie respect de la liberté et devoir d’assistance. Le Chef de l’Etat a proposé « qu’ on donne à manger, à cette personne un bon repas chaud, on lui propose de la soigner, on lui permette de prendre une douche, et on lui montre la chambre qu’on lui propose. Ces conseils pourraient s ‘appliquer aussi à ces personnes qui aspirent à des lendemains meilleurs.

 Mais ensuite, Monsieur le Ministre de l’Immigration, il faut contraindre le gouvernement britannique à prendre ses responsabilités. Cela veut dire recenser tous les migrants souhaitant se rendre en Grande-Bretagne. Cela veut dire appliquer la règle du rapprochement familial pour tous ceux qui ont de la famille en Grande-Bretagne. Cela veut dire pour ceux qui, après examen au cas par cas, ne seraient pas éligibles à l’accès en Grande-Bretagne, les répartir, avec leur accord, dans tous les pays de la Communauté européenne et, dans certains cas, les raccompagner avec une aide au retour. A l’époque tragique des « boat people », tous les pays occidentaux s’étaient répartis ces migrants de la péninsule indochinoise. La France en avait accueilli un très grand nombre qui se sont, tous, très bien intégrés et se sont fait naturaliser. A ce propos, ouvrons un service à l’intention des demandeurs d’asile à Calais pour faciliter cette démarche et ne pas les obliger à se rendre à Arras.

 Enfin, modifions le règlement Dublin II afin de mieux partager les tâches d’examen des demandes d’asile et d’assurer une meilleure protection des demandeurs. C’est d’ailleurs le souhait exprimé, il y a quelques jours, par la Commission Européenne.

 Notre pays s’honorerait et répondrait à sa vocation humaniste en apportant une solution très rapide au destin douloureux de ces êtres sans papiers, sans travail, sans reconnaissance de leur humanité souffrante. Il leur reste dignité et espérance : ne les leur volons pas !

  Etienne PINTE

Député des Yvelines

Membre du Conseil d’Administration de l’O.F.P.R.A. (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides)

Source : Publié par le journal La Croix

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