Norrent Fontes : Terre d’errance pour l’espérance (écho du 62)

Norrent-Fontes
Terre d’errance pour l’espérance

De 1999 à 2002, le très controversé centre de Sangatte a accueilli en même temps jusqu’à 3 000 personnes. Quand le ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy, a ordonné sa fermeture, il souhaitait, disait-il, diviser le nombre de migrants par dix. Mais les réfugiés sont toujours là. Cachés à Calais, sur le littoral, et le long des autoroutes A 16, A26, A 25. Selon Jérémy Nourri, un des responsables de l’association Terre d’errance, les migrants ne sont pas divisés par dix, mais éparpillés par dix ! Sans abri, sous la pluie, dans la boue.

On peut facilement visiter Calais sans voir un des 700 migrants qui y transitent actuellement. Poursuivis par les fonctionnaires de police, ils se sont terrés dans des squats urbains ou dans les bois, « la jungle » pour les initiés. Leur objectif : monter discrètement dans des camions qui partent en Angleterre. Puisque des centaines de policiers surveillent les parkings et les aires de repos alentours, ils tentent leur chance de plus en plus loin. « Dans la région, le long des autoroutes, il y a au moins dix points de transit, explique Jérémy Nourri, parmi lesquels Saint-Georges-sur-l’Aa, Loon-Plage, Grande-Synthe, Téteghem, Wisques, Norrent-Fontes, Angres, Steenvoorde, Steenwerck. » À chaque fois, à quelques centaines de mètres de l’aire de l’autoroute, un petit camp de fortune apparaît.
À Norrent-Fontes, à force de voir des enfants, des mères de famille… dormir dans les champs, par tous les temps, la population s’est émue. De coup de main en coup de pouce, le système débrouille s’est organisé, un collectif est apparu puis une association est née : Terre d’errance, la bien nommée. Présidée par Lily Boilet, elle compte cent vingt adhérents, une vingtaine de bénévoles actifs, et amène au quotidien « un mini-soutien, un peu de nourriture, des solutions pour l’hygiène, un médecin… »

Les bénévoles informent aussi les migrants sur leurs droits. « Ils croient qu’ils n’en ont aucun, » soupire Laurent Maameri de l’association. Comme les autres bénévoles, Laurent s’investit ardemment dans l’aventure de ces gens venus du bout du monde. Il les conduit à la préfecture quand ils demandent l’asile, aux douches que les communes de Norrent-Fontes et d’Isbergues acceptent de mettre à disposition une fois par semaine ; Claude, lui, apporte quotidiennement des bidons d’eau qu’il remplit à son domicile ; Monique vient tous les jours depuis trois ans et déplore la grande jeunesse de certains exilés : « Ça fait mal au cœur de voir des enfants. Il y a trois semaines, il y avait une gamine de 12 ans et son frère de 13. » La bénévole, qui est aussi volontaire aux Restos du cœur, « recharge les portables des uns et des autres », considère les migrants comme « ses amis » et s’est « remise à l’anglais » pour pouvoir converser.
Régulièrement, elle s’insurge contre les mauvais traitements infligés aux réfugiés par la police des frontières. « Qu’elle vienne, c’est normal mais qu’elle les laisse tranquilles ! La semaine dernière, les policiers ont mis tous les sacs de couchage dans la boue ! »
Depuis quelques semaines, la vie est beaucoup plus dure au campement de Norrent-Fontes. « Il fait froid, il pleut, les migrants ont besoin de couvertures, de blousons, de gants, de bonnets… » commente Laurent Maaméri. Au presbytère du village, les gens laissent des vêtements, des chaussures et des produits d’hygiène. « Nous arrivons à résoudre les problèmes de base mais on aimerait bien que les institutions se bougent pour améliorer la condition des exilés, pose-t-il, on aimerait qu’ils s’engagent dans des actions humanitaires, qu’ils financent des infrastructures semi-rigides. Cela permettrait de ne pas laisser ces populations à la dérive, aux mains des criminels… »
Rens. 03 21 27 95 26

 

Yonas, Eshefu, Misrata, Lamla…
Les Érythréens qui fuient l’enfer

Qui connaît l’Érythrée ? Qui sait comment on y vit ? Dans ce petit pays coincé entre le Soudan et l’Éthiopie aucune élection n’a eu lieu depuis 1993, la presse est muselée, les membres de certaines Églises chrétiennes sont persécutés, des milliers de prisonniers politiques sont détenus dans des conditions inhumaines et le service militaire d’une durée illimitée est obligatoire pour tous les hommes et femmes âgés de dix-huit à quarante ans. Ceux qui refusent la conscription sont torturés.

Yonas, Eshefu, Misrata, Lamla… et les garçons et filles de 18 à 27 ans rencontrés au camp de Norrent-Fontes, n’ont pas eu d’autre solution que la fuite. Après un périple de plusieurs mois, voire de plusieurs années, ils se sont posés sous les tentes de toile bleue en attendant le moment où ils monteront discrètement dans les camions arrêtés sur l’aire de repos voisine.

 Objectif : l’Angleterre. Un moment, Yonas a eu envie de rester en France et d’y exercer ses talents de pêcheur… mais il vient de voir son droit d’asile refusé. Encore une fois il a fallu fuir. Il a repris son voyage avec son ami Misrata. Les deux jeunes gens, 25 et 24 ans, sont ensemble depuis la Lybie. Là, ils ont été arrêtés, emprisonnés pendant quatre ans, maltraités, battus sur la plante des pieds. Ils ont réussi à s’échapper.

Du côté des filles, dans la tente du fond, silence. Lamla et Eshefu, deux sœurs érythréennes de 27 et 19 ans, gardent leurs distances et se serrent les coudes. Elles sourient, partagent un biscuit avec le visiteur, refusent la photographie. Après un long moment, Lamla lève les yeux et lâche : « La vie est dure partout ! »
Surtout pour des jeunes filles en errance, aux mains des passeurs !

Textes : Marie-Pierre Griffon, photos : Jérôme Pouille
L’Echo du Pas-de-Calais n°97 – Décembre 2008

Source

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par Association Terre d'Errance Posté dans Non classé

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