Un charter annulé, mais des exilés traités comme des chiens

Rue 89, 20 novembre 2008

Un charter annulé, mais des exilés traités comme des chiens
par Jean-Pierre Alaux permanent au Gisti

Le « charter » d’expulsion franco-anglais, prévu pour s’envoler le 18 novembre [1] 2008 à destination de Kaboul n’a donc finalement pas embarqué les Afghans de France détenus dans le centre de rétention de Coquelles, près de Calais.

Ils sont aujourd’hui « libres », c’est-à-dire rendus à une survie inhumaine dans les « jungles » (squats, bois, forêts, trous d’obus des guerres du passé) du Calaisis et, plus largement, du nord-ouest de l’Hexagone où ils avaient été arrêtés. La veille, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) avait dit non. Elle avait « décidé d’indiquer au gouvernement français (…) qu’il était souhaitable (…) de ne pas expulser » les requérants.

Ce n’est pas le « charter » tout entier qui était ainsi interdit. Mais nul n’aurait compris que les dangers auxquels la Cour avait interdit d’exposer les seuls plaignants soient considérés comme inexistants ou négligeables pour les autres. Il va de soi que cette interdiction de la CEDH vaut avertissement pour toute idée éventuelle de nouveau charter vers l’Afghanistan dans l’avenir. A bon entendeur…

Une victoire d’intérêt général

Onze Afghans, sur la cinquantaine des retenus, ont donc remporté une victoire d’intérêt général. Ils n’ont pu y parvenir que grâce à une forte mobilisation en leur faveur et à une intelligente collaboration entre différentes associations. Sans les informations recueillies jour après jour par les militants et sans leur pression, il n’aurait sans doute pas été possible de procéder au travail juridique qui a permis de saisir la Cour.

Et maintenant ? Va-t-on encore longtemps accepter que, comme depuis la fermeture du camp de Sangatte en 2002, des centaines d’Afghans, d’Erythréens, d’Irakiens, de Soudanais – parmi lesquels quantité de mineurs – continuent à errer dans les villes et les campagnes de Normandie, du Pas-de-Calais, du Nord ? L’Union européenne va-t-elle continuer longtemps à les traiter comme des chiens en Grèce, en Italie ou dans l’Europe de l’Est ? Telles sont les questions qui appellent une réponse urgente après la salutaire injonction de la CEDH à la France.

[1] http://www.rue89.com/2008/11/06/reprise-des-charters-la-france-sacrifie-les-afghans

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