Enquéte 2/2 La Voix Du Nord : La dispersion des camps après Sangatte

La Voix Du Nord – Edition du dimanche 28 septembre 2008

ENQUÊTE (2/2) La fermeture du camp de Sangatte fin 2002 n’a fait que disperser le problème des exilés qui sont toujours autant à rêver d’Angleterre, à Calais plus nombreux qu’ailleurs.


La mer est loin. Mais l’aire d’autoroute à côté. Depuis dix ans maintenant, la petite ville de Norrent-Fontes « accueille » un camp de migrants. Dans un fossé communal, entre deux champs.
Pour atteindre le camp, il suffit de suivre les réfugiés qui errent comme de pauvres hères. Ils font leurs courses en ville puis regagnent leur camp fait de bâches, de couvertures et de palettes. Comme à Calais (lire notre édition d’hier). Mais en plus propre. Il faut dire que l’association Terre d’Errance est très présente, aide et a instauré quelques règles. Ce jour-là, ils sont une vingtaine de migrants. Exclusivement des Érythréens. Lesquels, raconte Jérémie, de Terre d’Errance, auraient payé le prix fort en ayant voulu se débarrasser des passeurs soudanais. Un Érythréen d’une vingtaine d’années s’est fait « poignarder » et est décédé, rapporte le jeune bénévole très dynamique, pas aveugle, juste très humain.

Contrairement à ce qui se passe chez les Afghans, par exemple, il y a dans ce camp d’infortune des hommes, mais aussi des femmes. Ce jour-là pas de bébé ou d’enfant mais Jérémie dit en avoir déjà vu.

Ce sont des jeunes gens cultivés, qui parlent bien anglais. Monique, une bénévole, mère de famille et infirmière de métier, regrette que l’Érythrée perde ainsi « ses gens érudits ». Eux aussi regrettent d’avoir dû quitter leur pays. Mais tous disent avoir fui le service militaire d’une durée « aléatoire » et dont ils ne peuvent se soustraire sous peine de grave châtiment. « Si le régime changeait, je retournerais tout de suite chez moi », assure Anouar. Là-bas, dans son pays de la Corne de l’Afrique, frontalier du Soudan et de l’Éthiopie.

Marié, trois enfants
Tous l’ont quitté au péril de leur vie. Chacun raconte avoir failli mourir. Qui en passant une frontière. Qui en traversant le désert soudanais ou libyen entassés à une vingtaine dans un 4×4. Ou Maria lors de sa traversée de la Méditerranée. Son bateau a coulé. Elle a été sauvée par les gardes-côtes italiens, tandis que certains de ses compagnons d’exil sous ses yeux se noyaient.
Le jour de notre rencontre, elle venait de revenir de Paris en train.
– « Pourquoi ? »
– « Je suis montée dans un mauvais camion. Il n’allait pas en Angleterre. »
Le lendemain, Jérémie nous apprenait que le soir où nous l’avons vue, pleine de grâce, Maria était passée. Plutôt chanceuse, elle n’essayait que depuis une semaine alors qu’en moyenne, selon Jérémie, les migrants mettent deux à trois mois.

Ils essaient tous les soirs. Comme Chombie. Dont le parcours d’exil surprend. Lui a déjà vécu de l’autre côté de la Manche. Il bossait sans papiers. Et sur son chantier s’est fait pincer, renvoyer. Depuis son arrivée en Europe, il s’est ainsi fait expulser à trois reprises vers l’Italie. C’est le premier pays dans lequel il a été interpellé et là où ses empreintes ont été relevées. Celui donc, dans lequel, en vertu du règlement européen de Dublin, il doit faire sa demande d’asile.

Mais lui ne veut pas vivre dans le pays de Silvio Berlusconi, dont il ne parle de toute façon pas la langue. Il est marié et a trois enfants, qu’il n’a pas vus depuis trois ans. Il n’a la haine contre personne. Pense qu’il traversera la Manche « si Dieu le veut ». Et remercie de tout son coeur les bénévoles qui apportent réconfort, vêtements et nourriture. Là où les institutions n’envoient que forces de l’ordre pour des contrôles. La main sur le coeur, les yeux embrumés, Maria dit souhaiter longue vie aux bénévoles de Terre d’Errance Marie-Thérèse, Monique et Jérémie.

Monique doit être très contente pour la jolie Maria. « On ne les aide pas à passer. Mais à les voir vivre ici, dans ces conditions et parce que l’Angleterre est leur rêve, on est toujours très contents pour eux quand ils réussissent. »

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