Communiqué de l’association Terre d’Errance

Après l’attaque meurtrière du groupe de migrants de Norrent-Fontes par un gang de passeurs, l’association craint une destruction du camp actuel et pense que ce ne serait pas une réponse adaptée à la situation.
A Norrent-Fontes (village proche de la dernière station essence de l’autoroute Arras-Calais) la présence de migrants est signalée depuis 10 ans environ. Il y a deux ans, un comité s’est créé qui est devenu une association: Terre d’errance. Terre d’Errance est une association (loi 1901) qui a pour but de venir en aide aux migrants de passage à Norrent-Fontes et de sensibiliser la population à leur situation.
Grâce à l’action quotidienne de l’association auprès des migrants, des habitants et des autorités, les passeurs mafieux ont été chassés du camp au mois de mars et l’un d’entre eux a même été arrêté et condamné.
Parce que les passeurs leur demandaient des sommes exorbitantes pour l’accès au parking (pour entrer dans les camions), qu’ils s’en prenaient à leur liberté et que les femmes n’étaient pas respectées, les migrants se sont rebellés et ont pris leur avenir en main. L’association « Terre d’Errance » a soutenu ces migrants dans leur action pour se libérer du réseau mafieux. Au mois de mars ils ont livré un passeur qui était venu avec trois autres revendiquer le contrôle du parking en les menaçant : « il faut payer ou nous attaqueront, nous avons des armes ». Les quatre ont été interpellés par la gendarmerie et mis en examen puis relâchés par la justice, faute de preuve.
Cette situation ne plait évidemment pas aux réseaux de passeurs qui se voient mis en échec par de pauvres migrants et de simples citoyens qui croient encore aux droits de l’homme. Ce camp « propre » représente pour eux un manque à gagner et ils craignent évidemment que cela se généralise. Plusieurs fois, des hommes de mains sont venus constater que, malheureusement pour eux, les migrants se prenaient en main sans eux et que l’association veillait à ce que le groupe des migrants ne retombent pas sous l’emprise des réseaux mafieux. Après plusieurs tentatives de négociations et de divisions pour reprendre le pouvoir sur le camp, les gangs ont durci le ton ces dernières semaines en passant aux menaces et aux agressions, jusqu’au drame de la semaine dernière. 
Dans la nuit du mardi 22 au mercredi 23 juillet dernier, des hommes de mains ont agressé le groupe de migrants sur l’aire de repos de l’autoroute avec des armes blanches et ont tué l’un d’entre eux.
Mansour venait d’Erythrée. Il avait 24 ans. Il était connu et apprécié des bénévoles.
La gendarmerie est intervenue rapidement et a interpelé sept agresseurs.
Le mercredi 23 et le jeudi 24, les migrants, choqués et très émus, ont témoigné. Les bénévoles de Terre d’Errance, très émus aussi, les ont entourés.
L’association est en étroite communication avec la municipalité de Norrent-Fontes, les services de gendarmerie et ceux de la préfecture.
Nous avons appris de source judiciaire que la lutte contre les réseaux de passeurs n’est pas une priorité et ne le sera sans doute pas ces prochaines années. Terre d’errance ne peut que se désoler de cet état de fait et espérer qu’au moins sa position sera localement défendue.

Il faut que l’état réponde à ce crime. Oui. Trois fois oui.
Mais pas en criminalisant les victimes. Nous pensons qu’il faut juger les criminels qui ont été arrêtés. Sur les sept hommes arrêtés, trois ont été remis en liberté. Pourquoi ?
Il faut aller plus loin, remonter la filière et faire tomber les chefs de ces mafias qui profitent de la misère des migrants et qui les terrorisent.

Le camp sera t-il détruit ?
Nous pourrions le penser suite à ce dramatique événement. Mais cela réglerait-il la question de la présence de ceux qui cherchent la paix et la liberté ?
Où iraient-ils ? Sur Calais grossir le nombre des plus de 300 migrants qui vivent dans des conditions inhumaines ? Sur Hazebrouck où plus de 50 migrants stagnent ? Sur Saint-Omer où une épidémie de galle a été signalée par manque d’hygiène ?
Il est certain que dans les semaines qui suivraient, un autre camp se recréerait dans les environs immédiats (ce qui s’est passé lors des précédentes destructions au milieu de l’hiver).
Les réseaux de passeurs n’attendent que ça. Cela leur permettrait de reprendre le pouvoir sur l’aire d’autoroute de Saint-Hilaire Cottes.
Nous demandons que la lutte contre les réseaux mafieux soit une priorité, qu’on arrête de baser sur Calais et ailleurs des compagnies de CRS qui s’amusent au chat et à la souris avec les migrants, ceux-ci ne sont pas des criminels. Nous demandons que les mêmes forces de police soient mises en action pour lutter contre les réseaux des passeurs et que l’Etat soutienne les associations qui viennent en aide aux réfugiés, elles sont pour la plupart asphyxiées par manque de moyens.

Même si elle s’oppose à sa destruction, l’association rappelle que le camp de Norrent-Fontes n’est pas un idéal. L’idéal serait que les pays d’origine des migrants ne soient pas synonymes de terreur et de pauvreté. L’idéal serait que ces hommes et ces femmes ne risquent pas chaque jour leurs vies pour que leurs enfants puissent naître et grandir en connaissant les mots « liberté » et « avenir ».
Mais le monde n’est pas idéal et les migrants sont là. Face à ce cas dramatique et à d’autres qui se vivent près de chez nous (il suffit de visiter les cimetières autour de Calais pour se rendre compte du drame que vivent ces réfugiés) et plus loin (des milliers de réfugiés trouvent la mort le long du voyage, beaucoup se noient en mer) c’est toute la question de la politique de migrations qui est mise en cause et la responsabilité de tous qui est engagée. La question des migrants dépasse la municipalité de Norrent-Fontes ou celle de Calais. Elle dépasse la compétence régionale et même la compétence nationale ou européenne. C’est une question de justice et d’équilibre internationaux.
Plutôt que de vouloir sans cesse et aveuglément lutter contre l’immigration n’est-il pas temps d‘accepter la réalité des faits et d’inaugurer une politique d’accueil digne de ce nom tout en luttant contre les régimes dictatoriaux et pour la fin des conflits armés qui font fuir de chez eux ces milliers d’hommes et de femmes ?
Nous ne pouvons plus accepter que par manque de soin et de secours, des innocents puissent trouver la mort dans ce pays dont la devise républicaine « liberté, égalité, fraternité » est affichée au fronton de toutes les mairies.

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